Un Psy dans la ville
Unpsydanslaville

parole



La vérité : y croit-on au nom de l’objectivité des faits, ou au nom de ses propres représentations du monde ? Car la vérité, concept impalpable, voire insaisissable, chacun s’en saisit pour lui donner sa propre définition.

L’être humain est à la recherche de preuves pour étayer sa conception de la vérité, et se rassembler avec ses semblables autour de visions, de pensées, de façons d’être, communes. L’imprécision, l’ignorance, le flou, nous inquiètent : nous les combattons et bien souvent, nous nous opposons au nom de vérités subjectives. La science nous permettrait de nous accorder autour de vérités objectives, cependant ces vérités-là, démontrées par la science, sont parfois mises en doute.

L’observation, que ce soit à partir de l’expérimentation, ou de la situation in vivo, est la méthode scientifique par excellence.

Lire la suite

Cette magie lente[1] est une pièce de théâtre de Denis Lachaud, et son titre aurait été inspiré à l’auteur par une phrase de Freud « la psychanalyse est une magie lente ». De psychanalyse, il est en effet question pendant l’heure et quelques minutes que dure le spectacle, et dans cet intervalle qui ne contiendrait au mieux que deux séances se déroule en accéléré l’essentiel d’une cure.

Au festival d’Avignon, dans la touffeur de juillet, la pièce faisait salle comble et l’on se demande ce qui a poussé le public à venir entendre les mots crus, la violence d’un propos hors norme, un texte sans concession. Est-ce la fascination qu’exerce encore la psychanalyse, ou bien l’actualité intemporelle d’une histoire de viol d’enfant, ou encore la performance d’un comédien[2] qui semble à chaque minute jouer sa propre peau ? Sans doute tout cela à la fois.

Lire la suite

Lors d’un récent entretien télévisé, réunissant journalistes et homme politique, nous avons pu entendre des mots claquant comme des coups de poings, des phrases fusant comme des flèches : voilà en matière de parole, ou de discussion, ce qui tend à envahir la scène verbale publique. De débat, ces joutes oratoires n’ont plus que le nom, au profit de l’hégémonie d’un discours lapidaire, d’un parler fort, dans lequel il s’agit avant tout de donner de la voix, de gagner la bataille du bruit et d’avoir le dernier mot.

Débat – Théatre de l’Odéon – Mai 1968

Si encore il était question de bons mots, ou de mots d’esprits… mais non, de ces mots irrévérencieux, de ces mots creux, l’humour est trop souvent absent et ces batailles de mots se teintent d’une noirceur mortifère.

Le parler creux de certaines personnes publiques et médiatiques va de pair avec l’appauvrissement de la langue que nous avons déjà évoqué ici (Penser, Dire, Ecrire-Février 2017). Ces adeptes du slogan, du mot facile, ne prennent plus en considération leurs interlocuteurs qu’ils abrutissent en leur assénant des discours vides de sens. Les jugeraient-ils incapables de déchiffrer une idée ou de comprendre une problématique pour se dispenser ainsi de discours construits et élaborés ?

Lire la suite

Chers lectrices, chers lecteurs,

Nous vous souhaitons une très bonne année.

Notre premier article de 2018 est dans la continuité des questionnements qui nous animent et qui ont présidé à la création de ce blog.

Espérant que vous continuerez à nous lire et nous faire connaître,

En vous remerciant pour votre fidélité,

Béatrice Dulck et Marie-pierre Sicard Devillard 

Du Silence

Se taire n’est pas toujours opportun : en matière de silences, il en est de salutaires et constructifs, et d’autres, au contraire, accablants, destructeurs, voire meurtriers.

Ne pas dire la réalité de faits à ceux qui sont concernés, voire les cacher, délibérément ou non, ou bien les travestir, a toujours des effets négatifs.

C’est ce que montre le remarquable film documentaire d’Eric Caravaca « Carré 35 ». L’auteur s’y livre à une enquête personnelle sur un « secret de famille », celui de la disparition d’une sœur ainée morte en bas âge. La force de son propos est de ne jamais dériver du côté du voyeurisme ou de l’étalage d’une affaire privée, mais de le rapprocher sans cesse de son contexte historique et social, lequel fait contrepoint et nous concerne tout un chacun.

Carré 35 - Pyramide Films
Carré 35 – Pyramide Films

L’absence de mots et d’images sur un évènement, aussi bien que sa représentation selon des propos édulcorés ou déformés, n’empêchent pas l’existence de l’événement. En revanche elles empêchent la pensée de se déployer car elle reste ligotée dans des affects dont la nature et l’origine sont impossibles à déceler. Parfois il suffit d’une émotion inexplicable, survenant à l’improviste, pour qu’un coin du voile s’entrebâille sur une autre vérité que celle qui nous était cachée.

Ainsi dans le film d’Eric Caravaca, le spectateur est convié

Lire la suite

Témoigner d’actes de harcèlement moral, de violence sexuelle, d’abus de pouvoir, sur un réseau social a le grand mérite de mettre en lumière l’existence de ces pratiques intolérables, de permettre de prendre conscience de la réalité du phénomène et d’amorcer un processus de changement.

Tweeter n'est pas parler
Tweeter

Cependant, rendre compte en 160 caractères maximum d’actes et d’évènements dont la nature est pour le moins traumatique ne saurait suffire à remplir la fonction cathartique qui est justement de lever le traumatisme. Il n’est pas certain que la parole soit ainsi libérée.

Lire la suite

Entre mère et fille, s’installe très souvent une relation qui fait pleurer, rire, crier… Une relation que les filles se racontent, que les mères peuvent redouter ou espérer. Une relation qui concentre toute la palette de sentiments, d’émotions, de sensations, de contradictions que l’humain compte. Quelque chose d’à la fois unique et puissant, un lien originel, nécessaire et fascinant, que l’on en souffre ou qu’elle soit au contraire source de joie. Une véritable passion !

entre mère et fille
Felix Valloton – 1899 – Chambre rouge

Sans doute, pour toutes ces raisons, et d’autres encore, cette relation est objet d’écriture, source d’inspiration inépuisable. Quelques textes en cette rentrée viennent une fois encore en témoigner. Deux d’entre eux retiennent l’attention comme deux extrémités possibles de l’amour d’une fille pour sa mère.

L’écrivaine et historienne Chantal Thomas esquisse, dans le récit de souvenirs qu’elle vient de publier [1] les contours d’une silhouette maternelle toute auréolée de tendresse.

Cette mère, que l’on devine défaillante quant à son rôle maternel,

Lire la suite

Il y a deux façons de mentir : mentir par omission c’est-à-dire ne pas dire ce que l’on sait d’un fait qui concerne l’autre, et mentir par déformation, en déformant délibérément la réalité pour ne pas dire ce que l’on sait. Les deux formes sont proches et se croisent puisque pour ne pas dire ce qu’il sait, le menteur est bien souvent amené à déformer la vérité.

Dans les deux cas, mentir a à voir avec le fait de dire.

Il existe de nombreuses sortes de mensonges, dont ceux que l’on pourrait nommer « fondateurs » en ce qu’ils ont trait aux événements fondateurs d’une vie : la filiation, la naissance, la mort, les liens de sang, ces moments qui engagent le corps, ces temps forts d’une vie où le psychique se noue à sa charpente corporelle.

Ces mensonges cachent une vérité fondamentale à celui qui est trompé, une vérité qui touche aux fondements de son être.

Lire la suite