Un Psy dans la ville
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Société

Malaises contemporains, phénomènes sociaux, actualités sociales, qui interpellent le psychanalyste.

Pulsion de Mort

Dans l’article « Au-delà du principe de plaisir », paru en 1920, Freud s’emploie à montrer que, comme l’enseigne la biologie, la finalité de toute vie est sa mort et que ce qui occupe les vivants, les humains en particulier, est de tromper la mort, d’organiser la vie. De ce fait, au sein même du vivant se livre une bataille constante entre Eros et Thanatos, entre la pulsion de vie et la pulsion de mort.

Mais ce qui serait premier selon Freud, et où il a été extrêmement controversé, c’est cette force pulsionnelle visant notre anéantissement, contre laquelle nous oeuvrons sans cesse. La force de la vie serait une réaction à celle de la mort. La pulsion d’agressivité serait une expression de la pulsion de mort. Pourtant Françoise Dolto y voyait l’expression de la pulsion de vie, celle qui fait qu’on s’accroche, qu’on se bat et se débat, question de point de vue…

Si l’on regarde les choses sous l’angle purement freudien notre compréhension de nombre de phénomènes qui agitent les humains s’éclaire sous un autre jour. Que penser en effet de la guerre, de la destruction des ressources terrestres, de l’accroissement des inégalités sociales … si ce n’est comme la conséquence de notre propension à nous détruire.

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Phobie

Le temps présent est lourd de tensions de toute nature, tant dans l’espace public que dans la sphère privée. Qu’un sujet de société comme la vaccination contre la Covid19, clive autant la société française et les familles en deux camps, n’est pas sans rappeler les clivages de l’affaire Dreyfus. Nombreux sont ceux qui avouent ne plus pouvoir parler de ce sujet en famille ou entre amis.  Et pourtant, que serions-nous devenus collectivement sans vaccin face à cette pandémie galopante…

Comment se fait-il que cette question soit un sujet qui divise et comment ce sujet divise-t-il ?

Les opposants au vaccin  (à ne pas confondre avec les opposants au passe sanitaire) dégainent un argument censé clore toute discussion : « c’est ma liberté ». Bien sûr la liberté individuelle est une valeur essentielle et fondamentale, mais qui rencontre des limites du fait même de la vie en société et de sa dimension collective. L’obligation de s’arrêter à un feu rouge est une restriction à la liberté individuelle d’aller et venir comme bon nous semble. Mais, dans cet exemple, cette liberté est limitée par les restrictions nécessaires à la vie et à la sécurité collectives. Le refus de se faire vacciner est-il une question de liberté individuelle ou s’agit-il d’autre chose ?

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Enfermement

L’enfermement physique auquel sont contraintes des femmes en Afghanistan, au Cameroun dans les tribus Peules, dans tant d’autres régions du monde nous émeut, nous femmes occidentales.

Cependant si le confinement le plus visible des femmes est social et culturel, il est aussi invisible, agissant malgré soi, dans un registre inconscient. On peut également parler d’enfermement psychique, pour toutes les femmes, de tous les continents : nous sommes toutes prisonnières de lois non dites mais inscrites dans nos âmes et nos chairs.

La domination masculine, le patriarcat, enracinés depuis des millénaires dans nos sociétés, ont forgé les représentations internes et les images mentales des femmes -et des hommes. Elles se sont inscrites dans le psychisme humain, en congruence avec le processus civilisateur. C’est la civilisation qui a forgé le psychisme, les affects, complexes, et autres symptômes associés. Les femmes psychanalystes que nous sommes, autrices de ce blog, sont particulièrement interpellées par ce constat. La psychanalyse est une invention d’homme(s), en concordance avec son siècle et son temps. Plus d’un siècle après, aux prises avec un XXI° siècle marqué par les prémisses de la troisième vague de féminisme, elle a le devoir de se réinventer.

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Quand les femmes disparaissent

Les Talibans au pouvoir ont comme première action « politique » de lacérer des affiches qui représentent des visages de femmes, puis ils leur interdisent de sortir de chez elles, seules, puis  les séparent des hommes à l’Université, puis…puis….

Mais que se cache-t-il donc derrière ces actes de répression ? De la haine ? De la peur ? Est-ce vraiment des femmes en elles-mêmes dont ils ont peur ? ne serait-ce pas plutot du désir qu’elles leur inspirent, qu’elles provoquent en eux ? Ces hommes-là, les Talibans et d’autres, fuiraient leurs propres désirs, leur pulsion de vie, ce qui préside aux plus hautes aspirations humaines comme l’art, la musique, la peinture… Naguère ils avaient détruit les Boudhas de Bamian…

Nous pouvons faire l’hypothèse que la peur de leur propre désir, avant tout charnel, pourrait les détourner d’un projet sacré, religieux. Dans un grand mouvement de confusion ils tentent de supprimer chez les femmes tout mouvement, tout signe, qui susciteraient ce désir.

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Le consentement

Dans notre précédent article nous nous interrogions sur des relations entre mères et filles  dans le sillage du mouvement de « libération sexuelle » des années 1970. De cette interrogation, il nous apparaissait que la sexualité est restée prise dans un discours et une forme de domination masculines. Le dernier livre de la psychanalyste Clotilde Leguil « Céder n’est pas consentir »[1] nous accompagne plus avant dans l’exploration de cette question.

Ce n’est que récemment, grâce en partie au phénomène #meetoo, que la place des femmes dans la société est de nouveau interrogée en profondeur.

Avant ce qu’il est convenu d’appeler «la libération sexuelle», les femmes étaient assignées à une place majoritairement maternante et domestique, confinées à la maison. Elles ont acquis le droit fondamental de vivre et travailler comme elles l’entendent, du fait en partie de ce progrès incontestable que constitue la maitrise de la procréation. Pour autant, être à même de décider du moment de la grossesse va-t-il de pair avec un consentement « éclairé » à tous les rapports sexuels ?

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Mères et filles

Les récents ouvrages de Camille Kouchner, Vanessa Springora et Virginie Linhart, en deçà des tempêtes médiatiques que certains ont soulevées, sont des livres qui interrogent, avant tout, la relation que ces filles-là ont établies avec avec leurs mères respectives. Ces mères en question ont été portées par les mouvements féministes des années 70, qu’elles en aient été actrices ou simples observatrices. Cette profonde transformation de la société ne pouvait être sans incidence sur la façon dont ces femmes ont pensé et mis en œuvre l’éducation de leurs enfants, en particulier de leurs filles. Mais que s’est-il passé pour conduire ces écrivaines à régler quelques comptes avec leur mère à travers leurs écrits ?

Les mères des trois autrices sont des femmes actives et admirées, elles sont brillantes, affranchies, virevoltantes, intelligentes. En plus elles sont accessibles, elles se comportent en copines avec leurs filles, elles effacent les distances, elles s’affranchissent du carcan de l’autorité et, dans la foulée, des pères. L’une d’elles rappelle une publicité des années 90 pour une marque de vêtement, jouant sur la confusion des images : qui était la mère, qui était la fille ? Dans le style, et dans l’image, les différences étaient abolies…

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La psychanalyse en déconfinement

Espace confiné s’il en est, voilà que le cabinet d’un psychanalyste est ouvert au public, sur les ondes télévisuelles, et que sa fréquentation rencontre un vif succès. Bien entendu, vous l’aurez déjà deviné, nous faisons référence à la série « En thérapie » diffusée actuellement sur Arte.

Alors pourquoi écrire un énième article à ce sujet qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, et parler en ville, même si les bistrots sont toujours désespérément clos. Et pourquoi n’aurions-nous pas notre mot à dire, nous saisir de ce phénomène qui rencontre à bon escient le projet même de notre blog : rendre la psychanalyse accessible au plus grand nombre, même si nous n’avons pas choisi ici la fiction pour le faire. Mais, justement la possibilité de nous adosser aux évènements sociaux qui font notre époque et notre actualité, pour rendre compte selon nous de ce que la psychanalyse permet et de ce qu’une oreille de psychanalyste est à même d’entendre.

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Vous avez dit complot ?

Les médias ont posé des contre-feux importants à la diffusion du «documentaire» Holp Up. L’existence d’un puissant mouvement souterrain de « défiance » généralisée est présent depuis de nombreuses années dans nos sociétés occidentales, pas seulement française. Les recruteurs de Daesh, il y a presque 10 ans maintenant, ont diffusé massivement des vidéos complotistes mettant en cause notamment les laboratoires pharmaceutiques et la volonté des « puissants », des « mécréants » de nous empoisonner. Ces théories complotistes mettent à mal le lien aux autres et modifient ainsi la manière d’être au monde de beaucoup de personnes. Les théories du complot somment de ne pas faire confiance.  Mais ne pas avoir confiance et ne pas faire confiance aux autres, à la science, à l’assurance que nos pieds seront bien portés par le sol qui nous soutient, que la terre est ronde et tourne autour du soleil, met le sujet aux prises avec une incertitude généralisée concernant son appréhension de la réalité.

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Ondes gravitationnelles

Pour la deuxième fois, un confinement nous est imposé, mais il s’avère différent du premier : en effet, une plus grande part de l’activité est maintenue, en particulier la notre, nos cabinets de psychanalystes, de psychothérapeutes, peuvent toujours recevoir, les lieux d’accueil, les structures médico-sociales restent ouvertes. Pourrions nous en penser que la nécessité que demeurent accessibles ces espaces de parole, d’écoute, et de liberté ait été entendue, que la place pour la vie psychique ait été considérée dans sa juste dimension ? peut-être, ou peut-être pas. L’essentiel est que les cures puissent se poursuivre, que les démarches juste entreprises ne soient pas coupées dans leur premier élan, et que de nouvelles demandes puissent être entendues.

Nous ne pouvons pas vivre sans lien avec les autres. Notre existence d’humain se construit au travers du lien à l’autre, et cela dès notre naissance. Nous avons besoin de voir l’autre dans les yeux (et non au travers d’une caméra), de pouvoir le toucher même de loin. Notre corps tout entier est tendu vers l’autre.

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Pourquoi « toujours » tant de haine ?

L’époque est à la déconstruction, les liens sociaux sont limités, les gestes d’affection proscrits en dehors de la stricte sphère intime, les lieux de socialisation en partie fermés… Le lien à l’autre en devient suspect…

Les conséquences de cette limitation du lien sont encore insoupçonnées, mais il est à craindre une recrudescence de manifestations d’agressivité…et de dépression.

Sommes-nous parvenus au bout de la logique de l’individualisme, un individualisme renforcé par les évènements ? Cette logique individualiste nous mènerait-elle vers une culture de la destructivité,  directement en lien avec la haine de l’autre que l’on ne connaît plus ?

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