Un Psy dans la ville
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Société

Malaises contemporains, phénomènes sociaux, actualités sociales, qui interpellent le psychanalyste.

Ondes gravitationnelles

Pour la deuxième fois, un confinement nous est imposé, mais il s’avère différent du premier : en effet, une plus grande part de l’activité est maintenue, en particulier la notre, nos cabinets de psychanalystes, de psychothérapeutes, peuvent toujours recevoir, les lieux d’accueil, les structures médico-sociales restent ouvertes. Pourrions nous en penser que la nécessité que demeurent accessibles ces espaces de parole, d’écoute, et de liberté ait été entendue, que la place pour la vie psychique ait été considérée dans sa juste dimension ? peut-être, ou peut-être pas. L’essentiel est que les cures puissent se poursuivre, que les démarches juste entreprises ne soient pas coupées dans leur premier élan, et que de nouvelles demandes puissent être entendues.

Nous ne pouvons pas vivre sans lien avec les autres. Notre existence d’humain se construit au travers du lien à l’autre, et cela dès notre naissance. Nous avons besoin de voir l’autre dans les yeux (et non au travers d’une caméra), de pouvoir le toucher même de loin. Notre corps tout entier est tendu vers l’autre.

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Pourquoi « toujours » tant de haine ?

L’époque est à la déconstruction, les liens sociaux sont limités, les gestes d’affection proscrits en dehors de la stricte sphère intime, les lieux de socialisation en partie fermés… Le lien à l’autre en devient suspect…

Les conséquences de cette limitation du lien sont encore insoupçonnées, mais il est à craindre une recrudescence de manifestations d’agressivité…et de dépression.

Sommes-nous parvenus au bout de la logique de l’individualisme, un individualisme renforcé par les évènements ? Cette logique individualiste nous mènerait-elle vers une culture de la destructivité,  directement en lien avec la haine de l’autre que l’on ne connaît plus ?

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A l’orée…

La France se déconfine… en partie. L’espace et le temps se décontractent..; Nous respirons, les visages sont enjoués, malgré le masque on devine des sourires.

Pourtant, l’intranquilité reste présente, comme une rumeur intérieure qui ronge, une inquiétude qui persiste. Dans les premiers temps du confinement, le temps s’est suspendu. L’interruption brutale, immédiate et sans préparation de toutes nos activités a saisi chacun là où il en était du cours de sa vie. Cela a pu procurer pour certains un apaisement soudain, la fin de relations sociales obligées, parfois toxiques, et un retour salutaire à l’essentiel. Pour d’autres, la clôture et l’enfermement, agissent comme des traumatismes en creux, l’absence d’extériorité a au contraire provoqué une sensation de rétrécissement de la vie. Pour tant d’autres, muets, silencieux, dont les conditions matérielles d’existence sont précaires, le confinement s’est avéré dramatique.

Mais pour tous ceux qui ont pu mettre à profit cette période pour commencer à penser ce qui arrive et mettre en œuvre une ébauche d’élaboration, s’est subrepticement glissé l’espoir d’un «monde d’après» qui ne pourrait être que différent. Car la conscience que le «monde d’avant» ne peut plus durer semble partagée par le plus grand nombre, et le virus est apparu comme un avertissement à notre «Hubris» : nous ne pouvions plus vivre dans cette course folle au profit, dans cet accroissement constant des inégalités, tel un bolide dévalant la pente à toute vitesse et que l’on ne peut arrêter.

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Le sens de la parole

Dans l’espace public et médiatique, particulièrement ces derniers mois, nous avons entendu des paroles contradictoires, des propos parfois excessifs, parfois mensongers, souvent émotifs, inconséquents et non réfléchis qui prennent le pas sur les paroles mesurées, les propos argumentés et explicatifs. On entend très fort ce qui fait du bruit, et pas forcément du sens. Ce qui se chuchote, se murmure ou se glisse dans les silences et les non-dits de la parole, devient particulièrement inaudible.

Nous avions écrit dans ce blog, il y a exactement deux ans, notre inquiétude que « l’espace public se vide d’une parole pleine adossée à une réflexion et une pensée » . Or, si on n’explique pas, si on se dispense de paroles circonstanciées et nuancées, le risque est d’entraîner pour les interlocuteurs incompréhension et anxiété. Comme le soulignait un internaute dans son fil Facebook ces dernières semaines «comprendre c’est déjà désobéir», et maintenir de l’ignorance n’est ni plus ni moins qu’une forme de contrôle.

Parler fait résistance et fait lien, c’est même ce qui fonde notre société.

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Place au féminin

Le 10 avril dernier une quinzaine de femmes, écrivaines, scientifiques, philosophes, et autres, de différentes nationalités européennes, publiaient dans le journal Le Monde une tribune en forme de lettre ouverte aux gouvernants et gouvernements d’Europe. C’était un appel, ou plutôt une exigence, de laisser enfin la place à des valeurs de solidarité, de responsabilité partagée, et d’humanisme. Elles rappellent qu’il est indispensable de mettre la personne au centre de la vie publique, de faire en sorte que l’économie soit au service des personnes, et non l’inverse. « Il faut remettre d’urgence la personne humaine au centre du logiciel », nous dit la psychanalyste Julia Kristeva dans une interview sur une chaîne de télévision.

Verra-t-on enfin la revanche du Care,  c’est-à-dire d’une société de l’empathie, qui prenne en compte les autres, qui développe l’attention aux autres, non pas comme un énième produit marchand, ou un truc de dames patronnesses, mais comme un principe de vie ensemble.

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La vie, après…

Nous avions perdu la mémoire de la peste et du choléra. Dans l’intimité de nos corps, celle-ci vient de se rappeler à nous, venue du fond des âges, d’un passé que nous avions cru révolu à jamais. La pandémie nous rappelle que l’humanité n’est sans doute pas éternelle et que son occupation de la planète Terre est temporaire. Nous avons été pris dans une forme d’


hallucination collective négative qui nous a fait oublier le caractère mortel et transitoire de notre condition humaine. Si ce virus est capable de nous faire recouvrer cette mémoire, alors son passage aura des effets puissants, en particulier celui de nous rendre à l’humilité, et à l’humanité.

L’humanité est aux prises avec le vivant, non pas en guerre, mais en lutte pour sa survie. Ce qui est mobilisé dans ce combat est la pulsion de vie, celle que Freud a nommée en premier comme pulsion d’auto-conservation (de l’espèce humaine). L’angoisse devant la pandémie n’est ni plus ni moins qu’une angoisse devant le risque de disparition de notre espèce. Il ne fait plus de doute qu’elle est menacée durablement et gravement par les effets délétères des dégradations de l’environnement. Il y a à cet endroit-là un formidable déni.

Comment en effet penser que nous serions responsables collectivement de notre propre disparition, si ce n’est en convoquant une nouvelle fois ce que la psychanalyse, avec Freud, a conceptualisé sous le terme de pulsion de mort. 

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La confiance

L’être humain est un être vivant éminemment sociable. Les liens avec autrui sont même constitutifs de sa psyché. Dès l’origine, dès sa naissance, le bébé ne se constitue comme être humain qu’au contact d’autres êtres humains (voir article sur la pulsion). Le premier attachement est fait de confiance, c’est-à-dire d’une croyance spontanée en l’autre dont le nourrisson dépend. La confiance renvoie étymologiquement à la croyance, à la foi. L’entrée du petit d’homme dans l’humanité à laquelle il appartient, monde du langage et du symbolique, est une affaire de confiance, de croyance, de foi en l’autre, laquelle se manifeste d’emblée du fait de l’état d’immaturité à la naissance. Au début de la vie nous n’avons pas d’autre choix que de faire confiance à autrui.

La confiance est au centre des liens affectifs, du lien social, à défaut, l’autre peut nous apparaitre comme menaçant, persécutant, dangereux, et nous avons peur !

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Dialogues nécessaires

Le 23 septembre 1939, il y a juste 80 ans, Freud mourrait à Londres. Cet anniversaire a suscité articles et émissions dans un certain nombre de média, dont des journaux dans lesquels nous ne sommes pas habitués à lire des propos sur la psychanalyse, comme Les Échos ou La Vie. Que de tels média s’emparent eux aussi de l’anniversaire de la mort de Freud pour écrire sur la psychanalyse est en soi un petit « évènement ». Il signe que la psychanalyse, dont la rumeur de disparition va toujours croissant, est bien toujours vivante et sans doute, comme le souligne l’article de La Croix, fait-elle partie aujourd’hui de notre « inconscient » collectif.

L’existence de l’inconscient fait partie de notre savoir collectif, elle est même admise comme une évidence ; n’étant plus l’apanage d’un savoir réservé aux seuls psychanalystes, l’inconscient perd de sa nature d’inaccessibilité pour devenir un inconscient « conscient ».

La question qui se pose pour la psychanalyse aujourd’hui serait plutôt celle de son ouverture à d’autres domaines,

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Coup de chaud

L’été a été chaud, nous n’avons cessé de l’entendre dire, l’été le plus chaud jamais enregistré sur notre planète et ce message alarmiste prend des allures de catastrophe annoncée, voire de fin du monde, à l’instar de cette série d’articles dans le journal Le Monde de l’été : « vivre avec la fin du monde ».

Notre monde va-t-il disparaitre ? indéniablement. Cependant une disparition totale et brutale semble n’être que fantasme, matière à effroi, alors qu’une disparition progressive mais incontournable du monde tel que nous l’avons connu est à l’oeuvre. Elle nous confronte à des peurs archaïques tout en exigeant de nous d’apprendre de nouveaux comportements.

En s’appuyant sur le texte du psychanalyste D.W. Winnicott, « la crainte de l’effondrement », nous pouvons supposer que les peurs engendrées par les discours sur la détérioration de la planète et les conséquences catastrophiques annoncées, rejoignent nos peurs archaïques et inconscientes. La peur de perdre, la peur de voir s’effondrer notre environnement, seraient, pour Winnicott, des peurs inhérentes à tout être humain, des menaces qui, dès les premiers instants de vie, pèsent sur l’individu.

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Féminin

Un jour férié de ce mois de mai, les Femen mènent une action surprise en plein cœur de Paris pour rappeler que des femmes meurent assassinées, au seul motif d’être nées femmes.

Aux lendemains de #me-too, un spectacle à la Comédie Française vient nous rappeler à juste titre une époque, celles de nos adolescences, où avorter était un crime, et qu’enfreindre cette loi était passible de peines de prison. Alors que tout laissait croire que cette époque était résolument derrière nous, voilà l’avortement de nouveau interdit par des lois machistes et rétrogrades dans plusieurs états américains ! Les combats qui libérèrent il y a à peine 50 ans les femmes du joug patriarcal, pourraient bien être de nouveau d’actualité…

La pièce de Pauline Bureau « Hors la loi », écrite à partir des minutes du procès de Bobigny, dernier procès ayant condamné en 1972 et en France des femmes pour faits d’avortement, met en scène l’intimité bafouée, la vie gâchée, de toutes ces jeunes filles, jeunes femmes, qui n’avaient d’autre choix que de se résigner à une naissance non désirée, et à subir des lois décidées par les hommes. Le droit de vote avait été accordé aux femmes seulement 17 ans auparavant, à peine une génération !

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