Un Psy dans la ville
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Société

Malaises contemporains, phénomènes sociaux, actualités sociales, qui interpellent le psychanalyste.

Dialogues nécessaires

Le 23 septembre 1939, il y a juste 80 ans, Freud mourrait à Londres. Cet anniversaire a suscité articles et émissions dans un certain nombre de média, dont des journaux dans lesquels nous ne sommes pas habitués à lire des propos sur la psychanalyse, comme Les Échos ou La Vie. Que de tels média s’emparent eux aussi de l’anniversaire de la mort de Freud pour écrire sur la psychanalyse est en soi un petit « évènement ». Il signe que la psychanalyse, dont la rumeur de disparition va toujours croissant, est bien toujours vivante et sans doute, comme le souligne l’article de La Croix, fait-elle partie aujourd’hui de notre « inconscient » collectif.

L’existence de l’inconscient fait partie de notre savoir collectif, elle est même admise comme une évidence ; n’étant plus l’apanage d’un savoir réservé aux seuls psychanalystes, l’inconscient perd de sa nature d’inaccessibilité pour devenir un inconscient « conscient ».

La question qui se pose pour la psychanalyse aujourd’hui serait plutôt celle de son ouverture à d’autres domaines,

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Coup de chaud

L’été a été chaud, nous n’avons cessé de l’entendre dire, l’été le plus chaud jamais enregistré sur notre planète et ce message alarmiste prend des allures de catastrophe annoncée, voire de fin du monde, à l’instar de cette série d’articles dans le journal Le Monde de l’été : « vivre avec la fin du monde ».

Notre monde va-t-il disparaitre ? indéniablement. Cependant une disparition totale et brutale semble n’être que fantasme, matière à effroi, alors qu’une disparition progressive mais incontournable du monde tel que nous l’avons connu est à l’oeuvre. Elle nous confronte à des peurs archaïques tout en exigeant de nous d’apprendre de nouveaux comportements.

En s’appuyant sur le texte du psychanalyste D.W. Winnicott, « la crainte de l’effondrement », nous pouvons supposer que les peurs engendrées par les discours sur la détérioration de la planète et les conséquences catastrophiques annoncées, rejoignent nos peurs archaïques et inconscientes. La peur de perdre, la peur de voir s’effondrer notre environnement, seraient, pour Winnicott, des peurs inhérentes à tout être humain, des menaces qui, dès les premiers instants de vie, pèsent sur l’individu.

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Féminin

Un jour férié de ce mois de mai, les Femen mènent une action surprise en plein cœur de Paris pour rappeler que des femmes meurent assassinées, au seul motif d’être nées femmes.

Aux lendemains de #me-too, un spectacle à la Comédie Française vient nous rappeler à juste titre une époque, celles de nos adolescences, où avorter était un crime, et qu’enfreindre cette loi était passible de peines de prison. Alors que tout laissait croire que cette époque était résolument derrière nous, voilà l’avortement de nouveau interdit par des lois machistes et rétrogrades dans plusieurs états américains ! Les combats qui libérèrent il y a à peine 50 ans les femmes du joug patriarcal, pourraient bien être de nouveau d’actualité…

La pièce de Pauline Bureau « Hors la loi », écrite à partir des minutes du procès de Bobigny, dernier procès ayant condamné en 1972 et en France des femmes pour faits d’avortement, met en scène l’intimité bafouée, la vie gâchée, de toutes ces jeunes filles, jeunes femmes, qui n’avaient d’autre choix que de se résigner à une naissance non désirée, et à subir des lois décidées par les hommes. Le droit de vote avait été accordé aux femmes seulement 17 ans auparavant, à peine une génération !

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Pas de recette pour se connaître

A l’occasion du Salon du livre, qui a fermé récemment ses portes, une enquête sur la lecture en France, et sur les achats de livres par catégories a mis en évidence une forte progression des ventes d’ouvrages de développement personnel et de psychologie. Cette progression nous interroge.

L’étude du sociologue Nicolas Marquis[1] sur les lecteurs de livres de développement personnel est intéressante à plus d’un titre. En deça de la simplicité des propos tenus dans ces ouvrages, ce qui accroche le lecteur est qu’ils lui parlent de lui : tous se reconnaissent, chacun peut puiser des pistes pour lui-même et se dire « c’est tout à fait moi », « cela me correspond tout à fait ». Etre nommé par autrui, se reconnaitre dans un quelconque inventaire à la Prévert de symptômes et conmportements, présente sans aucun doute des aspects réconfortants en suggérant et assurant qu’à tel ou tel malaise, sentiment, affect, des réponses existent.

En outre ces livres prônent la responsablité de chacun, la possibilité de s’en sortir seul, se prendre en charge, dans une société où l’autonomie et l’individualisme sont des valeurs hautement prisées.

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Filiation – Affiliation

Être fille ou fils de… petite-fille ou petit-fils de… Appartenir à une famille, une classe, un groupe, une communauté… sont autant de points d’ancrage de notre identité, de la reconnaissance de nous-mêmes tant à nos propres yeux qu’à ceux d’autrui.

Parfois la filiation est difficile à porter tant elle apparaît comme un insigne trop visible et embarrassant : la passé douteux d’une famille, un secret sur la naissance, un milieu social ou une nationalité … Comment faire alors pour trouver sa propre identité, se détacher de liens qui entravent, même symboliquement ? Freud évoque un souvenir honteux [1]: lors d’une promenade avec son père, ce dernier croise un homme qui, d’un geste violent, fait tomber son chapeau et lui demande de descendre du trottoir : le père s’exécute. Freud a gardé le souvenir de son père humilié tout au long de sa vie. C’est sans doute pour le jeune Freud la première rencontre avec la réalité de l’antisémitisme de la fin du XIXème siècle. Tout au long de son œuvre, la question de son identité juive est présente, de manière voilée. Elle sera plus visible dans le texte qui sera publié en 1938 [2]que l’on peut lire sous l’angle d’une critique virulente de l’antisémitisme. Il est aussi un questionnement sur son identité de juif, de sa filiation. L’œuvre de Freud serait-elle portée par la nécessité intime de réfléchir à cette identité ?

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Les désensibilisés

La violence, celle des Dieux, de la nature, comme la violence humaine, ont de tout temps été représentées par les hommes, soit sous forme d’images fixes comme la peinture et la sculpture, soit dans le discours, avec la littérature, le théâtre. Cette fixité première des images empêchait toute confusion avec la réalité. A la fin du XIXème siècle, avec l’invention du cinéma, la projection d’images animées suscite tout d’abord un mouvement d’effroi tant elles paraissent réelles, et sèment la panique chez les spectateurs.

Les moyens techniques actuels permettent que des images soient diffusées dès l’instant de leur prise de vue, et ce à l’échelle mondiale. Et le spectateur doit se demander si ce qu’il voit est bien réel, tout en subissant une distorsion de sa perception de l’espace et du temps. La diffusion mondiale et en direct des  images des attentats  du 11 septembre 2001 est le point de départ d’un vacillement collectif et individuel : que nous montrent les images ? Réalité ou imaginaire ? Vrai ou faux ?

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Ce qui fait vérité

La vérité : y croit-on au nom de l’objectivité des faits, ou au nom de ses propres représentations du monde ? Car la vérité, concept impalpable, voire insaisissable, chacun s’en saisit pour lui donner sa propre définition.

L’être humain est à la recherche de preuves pour étayer sa conception de la vérité, et se rassembler avec ses semblables autour de visions, de pensées, de façons d’être, communes. L’imprécision, l’ignorance, le flou, nous inquiètent : nous les combattons et bien souvent, nous nous opposons au nom de vérités subjectives. La science nous permettrait de nous accorder autour de vérités objectives, cependant ces vérités-là, démontrées par la science, sont parfois mises en doute.

L’observation, que ce soit à partir de l’expérimentation, ou de la situation in vivo, est la méthode scientifique par excellence.

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La psychiatrie en danger ?

Des hôpitaux psychiatriques sont en grève depuis plusieurs semaines maintenant. Des voix s’élèvent pour alerter les pouvoirs publics de l’état calamiteux dans lequel se trouve la psychiatrie : pas de moyens dans les hôpitaux, pénurie dans le secteur privé.

Qui connaît un peu la pratique hospitalière en psychiatrie ne peut qu’approuver cette alerte nécessaire et urgente tant la situation est dégradée. Cependant, au nom de quoi engager la lutte ? Au nom du manque de moyens, certainement. Au nom d’autres considérations qui relancent le vieux débat organiciste ? ce serait dommage.

Considérer la maladie mentale exclusivement comme une maladie somatique  peut laisser ..sans voix au 21èmesiècle. Énoncer que la psychiatrie doit rentrer dans le giron de la médecine et considérer la psychiatrie comme une médecine somatique avant tout est visiblement le credo à la fois de certains psychiatres[1]et du Ministère de la Santé.

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Renoncement

De l’attitude vertueuse qui consiste à sacrifier des satisfactions personnelles en vue d’une plus grande perfection à l’attitude mortifère qui consiste à sacrifier ce à quoi l’ont tient ou à ne plus le défendre, le renoncement a des ressorts contraires.

En psychanalyse, Freud fait de la civilisation le fait d’un renoncement aux pulsions agressives en échange d’une protection donnée par la société, le collectif. Quand la protection, pour certains, semble ne plus exister suffisamment, la tentation est grande de ne plus y renoncer. Nous le constatons au travers d’une violence qui se dit, se met en acte. Si la société n’est plus organisée pour permettre à tous de vivre dans un sentiment de sécurité suffisant les pulsions se déchaînent. Il est difficile de supporter de vivre avec ou près d’autres humains dont on est éloigné pour des raisons culturelles, cultuelles.

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Libération sexuelle ? le féminin toujours en question

L’actualité littéraire met au devant de la scène une figure historique du Mouvement de Libération de la Femme après mai 68 : Simone de Beauvoir.

femmes en mai 68

Au-delà de cette figure intellectuelle certaines militantes du MLF se questionnent aujourd’hui sur les après-coups de la libération sexuelle.

L’une d’elle, interviewée sur France Culture, a mis des mots sur ce qui a été refoulé et non dit : la libération sexuelle après Mai 68 a mis les jeunes femmes dans une nouvelle position aliénante : refuser un rapport sexuel devenait le signe d’une inhibition ridicule. Elles acceptaient les propositions sexuelles de peur d’être qualifiées de « coincées, pas modernes ». Maintenant que la sexualité ne comportait plus le risque d’une grossesse non souhaitée, pourquoi refuser ? Telle était la teneur des propos masculins dont cette femme témoignait.

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