Un Psy dans la ville
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Culture

Tout ce qui, en matière de culture, littérature, théâtre, cinéma et d’autres sources encore, nourrit notre pensée.



Que la souffrance tienne à une cause organique, qu’elle soit liée à une raison affective ou bien encore qu’elle soit un fait du psychisme, c’est toujours le corps qui est le lieu de la souffrance.

L’actualité littéraire met en scène des corps qui souffrent, dans deux textes qui n’ont de commun que corps en souffrancela coïncidence de leur sortie en librairie. Au delà des causes des douleurs et de leur nature, ce qui différencie les deux récits de ces corps souffrants est sans doute la manière dont chaque protagoniste s’en empare, ou non.

Le journaliste Philippe Lançon, grièvement blessé lors de l’attentat de Charlie Hebdo, décrit avec une étonnante authenticité et un réalisme sans concession le long enchainement de maux, de soins, de réparations et d’infortunes dans lequel l’ont embarqué ces blessures hors norme. L’écrivain Edouard Louis, en renouant avec son père, rencontre un homme fracassé par la vie dont il livre un portrait pudique en même temps qu’un réquisitoire contre les conditions sociales qui l’ont mené à cette dégradation.

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Les hasards d’un voyage aux confins de l’Arabie m’ont donné l’occasion de faire escale à Dubaï et d’une brève, mais néanmoins intense, visite de cette métropole qui présente tous les signes de la démesure. Il n’en fallait pas moins pour interpeller la psychanalyste qui s’assoupissait au sein de la voyageuse.

Démesure – © MPSD

Dubaï, destination de rêve pour certains, vaste terrain de commerce et d’affaires pour d’autres, incrédulité pour le psy qui ne peut s’empêcher de s’interroger sur le sens de ce Disneyland gigantesque, et sur l’âme de ceux qui l’habitent.

Ce royaume du paraître et du consommable, véritable temple dédié au narcissisme de masse, serait conçu pour le bonheur, la satisfaction de tous les manques. Ici, dans des centres commerciaux géants où sont réunies toutes les marques du monde, tout peut être acheté, consommé.

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Chers lectrices, chers lecteurs,

Nous vous souhaitons une très bonne année.

Notre premier article de 2018 est dans la continuité des questionnements qui nous animent et qui ont présidé à la création de ce blog.

Espérant que vous continuerez à nous lire et nous faire connaître,

En vous remerciant pour votre fidélité,

Béatrice Dulck et Marie-pierre Sicard Devillard 

Du Silence

Se taire n’est pas toujours opportun : en matière de silences, il en est de salutaires et constructifs, et d’autres, au contraire, accablants, destructeurs, voire meurtriers.

Ne pas dire la réalité de faits à ceux qui sont concernés, voire les cacher, délibérément ou non, ou bien les travestir, a toujours des effets négatifs.

C’est ce que montre le remarquable film documentaire d’Eric Caravaca « Carré 35 ». L’auteur s’y livre à une enquête personnelle sur un « secret de famille », celui de la disparition d’une sœur ainée morte en bas âge. La force de son propos est de ne jamais dériver du côté du voyeurisme ou de l’étalage d’une affaire privée, mais de le rapprocher sans cesse de son contexte historique et social, lequel fait contrepoint et nous concerne tout un chacun.

Carré 35 - Pyramide Films
Carré 35 – Pyramide Films

L’absence de mots et d’images sur un évènement, aussi bien que sa représentation selon des propos édulcorés ou déformés, n’empêchent pas l’existence de l’événement. En revanche elles empêchent la pensée de se déployer car elle reste ligotée dans des affects dont la nature et l’origine sont impossibles à déceler. Parfois il suffit d’une émotion inexplicable, survenant à l’improviste, pour qu’un coin du voile s’entrebâille sur une autre vérité que celle qui nous était cachée.

Ainsi dans le film d’Eric Caravaca, le spectateur est convié

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Entre mère et fille, s’installe très souvent une relation qui fait pleurer, rire, crier… Une relation que les filles se racontent, que les mères peuvent redouter ou espérer. Une relation qui concentre toute la palette de sentiments, d’émotions, de sensations, de contradictions que l’humain compte. Quelque chose d’à la fois unique et puissant, un lien originel, nécessaire et fascinant, que l’on en souffre ou qu’elle soit au contraire source de joie. Une véritable passion !

entre mère et fille
Felix Valloton – 1899 – Chambre rouge

Sans doute, pour toutes ces raisons, et d’autres encore, cette relation est objet d’écriture, source d’inspiration inépuisable. Quelques textes en cette rentrée viennent une fois encore en témoigner. Deux d’entre eux retiennent l’attention comme deux extrémités possibles de l’amour d’une fille pour sa mère.

L’écrivaine et historienne Chantal Thomas esquisse, dans le récit de souvenirs qu’elle vient de publier [1] les contours d’une silhouette maternelle toute auréolée de tendresse.

Cette mère, que l’on devine défaillante quant à son rôle maternel,

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Pour qu’un texte soit lu, il se doit d’être lisible, cela les auteurs le savent. Dans un blog «joyeusement propulsé par wordpress» -pour pasticher la formule consacrée- un article doit répondre à des critères de lisibilité ; et ces critères sont fixés par les algorithmes du logiciel et du réseau. La lisibilité n’est plus seulement une affaire d’écriture et d’auteur, mais une affaire de marketing, de business et de lois informatiques.

penser
Rodin, le penseur – Musée Rodin

Ce diktat de l’un des géants de l’internet nous interroge : nos écrits, nos textes, devraient donc être conçus dans une logique de consommation au même titre qu’une machine à laver, une croisière sous les tropiques ou un placement bancaire ! Ils devraient être écrits selon une langue calibrée et formatée, une langue qui uniformise et qui perd ses nuances.

Déjà le plus grand de l’internet impose sa langue, à partir d’un anglais réduit à un nombre compté de mots, d’expressions et de formules, duquel nuances et subtilités sont exclues, une langue qui serait universellement comprise.

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Une des dernières trouvailles de la télé-réalité est de faire appel aux sciences humaines pour valider le choix amoureux. Il s’agit de marier des personnes qui ne se connaissent pas : leur rencontre n’aura lieu que le jour du mariage ! UnknownLes présentateurs de l’émission nous assurent de l’heureux résultat de ces mariages et de l’infaillibilité du procédé : en effet la sélection des futurs époux se fera de façon « scientifique ».

Soit, d’une part, une centaine de jeunes gens, hommes et femmes, tentés par les sirènes scintillantes d’une chaine commerciale qui leur promettent de rencontrer « scientifiquement » l’âme sœur ; d’autre part trois « scientifiques » (psychologue, sexologue, sociologue) qui vont déterminer les affinités électives entre quelques heureux élus.

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La singularité du film de Gianfranco Rosi, « Fuocoammare, par-delà Lampedusa », consiste en sa dichotomie entre d’une part la vie quotidienne de Samuele, un garçon de douze ans habitant de Lampedusa, et d’autre part le sort des migrants repêchés au large de l’île dans une situation d’extrême urgence.

cécités
Clair de lune – 2016 © MPSD

Tandis que Samuele vit sa vie d’enfant, avec une nette prédilection pour les jeux terrestres, les migrants affluent. Nous est donné à voir jusqu’à l’intolérable : la cale d’une embarcation de fortune remplie de quarante cadavres, véritable charnier flottant. Nous sont donnés à entendre les récits des survivants qui décrivent un voyage jusqu’au bout de la souffrance. On assiste à leur dévastation, ainsi qu’à celle du médecin contraint dans l’exercice de ses fonctions d’aller récupérer les morts, voire de découper des morceaux de corps – « parce que c’est utile, alors il faut le faire, même si c’est une ultime marque d’irrespect. »

A l’opposé de ces destins tragiques, la vie ordinaire de Samuele. Jusqu’au jour où ce dernier est diagnostiqué amblyope : il a un œil paresseux, ce qui

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En préambule, dès le titre, un bref extrait de la chanson de Léo Ferré, Avec le Temps, donne le tempo du dernier livre de Catherine Cusset : « L’autre qu’on adorait » est le récit d’un suicide annoncé. Un tel sujet pourrait rebuter. Il n’en est rien, le texte ne paraît écrit que pour témoigner de la vie et de la mort prématurée de son personnage.

Solitude - Photo Devillard
Solitude – Photo Devillard

Thomas, l’ami adoré de la narratrice et de quelques autres, est un garçon doué, drôle, charmant. Il a tout pour « réussir », comme « réussissent » autour de lui et au fil du temps ses amis de jeunesse : succès professionnels, amoureux, sociaux… Pour Thomas, très vite ça cloche, même s’il déploie une énergie sans pareille pour se maintenir dans le sillage, pour que ses talents ne soient pas recouverts par les défaites qui s’invitent malgré tous ses efforts.

Que se passe-t-il pour que cela tourne aussi mal pour Thomas ? Pourquoi ce jeune homme débordant de vitalité, intelligent, aimé et estimé, en arrive-t-il à se suicider à quarante ans ?

La réponse n’est pas littéraire ; l’écriture n’est là que

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Pour voir le célèbre sofa recouvert d’indiennes et de cachemires, le voyage à Londres sera nécessaire. L’on s’acheminera patiemment vers le très chic quartier de Hampstead. Après avoir emprunté deux ou trois lignes de bus, juché sur l’impériale comme il se doit pour un touriste, notre patience sera récompensée : loin du centre ville bruyant, les demeures en briques rouges, leurs jardins verdoyants, l’aisance tranquille de leurs habitants, nous enchanteront.

Divan de Freud
Photo MPSD

La maison où Freud vint mourir, n’a rien à envier à ses voisines : pelouse grasse, rosiers généreux, hydrangeas florissants. Comme si nous étions le voisin, ou le facteur, ou un vieux patient, nous sonnons. Le bonhomme qui nous ouvre, n’a rien d’un descendant des disciples de Freud, ni d’un psychanalyste, juste un vieux gardien revêche. Malgré notre anglais de base, certes not fluent, mais ayant fait ses preuves dans d’autres musées britanniques, nous ne nous comprenons pas. Aussi, en l’absence de mode d’emploi de ladite maison, nous nous surprenons à en entreprendre la visite sans passer par la case billetterie…

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Vivre avec la poésie, c’est s’émouvoir d’un paysage, de l’éclosion d’une fleur, d’un chant d’oiseau, d’un souffle de vent, de la course d’un ruisseau, du rire d’un enfant ; Dire, Écrire, penser, mettre délicatement ou rageusement en mots ces surgissements du quotidien. Les mots ont cette fonction d’approcher au plus près le subtil, l’insaisissable de l’instant, d’arrêter une sensation. Avec les mots, nous nous approchons de quelque chose qui tout en même temps nous échappe à l’instant même ; parce que le mot fige la sensation. Mettre en mots le vécu, le ressenti, c’est aussi irrémédiablement y mettre une distance, l’appauvrir en le définissant, et laisser s’échapper ce que la poésie a d’insaisissable.

Car la poésie n’est qu’œuvre de mots.

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