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Un Psy dans la ville
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Questions sur le féminin

« Le féminin toujours en question » écrivions-nous il y a quelques semaines. Le féminin questionné fait le sujet d’une pièce de théâtre[1], écrite en 1870 par Villiers de l’Isle Adam, et jouée ce printemps sur une scène parisienne.Questions sur le féminin

Elisabeth, jeune femme bourgeoise, assiste efficacement son mari dans la gestion de ses affaires et de sa fortune, manifestement plus intelligente et douée que lui. Un soir, après avoir mis de l’ordre dans les comptes, elle lui annonce qu’elle s’en va. Elle veut vivre autrement, elle veut avoir du temps pour rêver, pour contempler, et sans doute aussi pour penser. Ainsi par sa révolte contre l’ordre bourgeois, masculin, capitaliste et consumériste, elle ouvre l’espace de l’intime, de l’idéal, du combat pour vivre par soi-même, exister comme sujet.

Cette héroïne n’est pas sans rappeler quelques autres, nées sous des plumes masculines, en cette même fin de XIX° siècle. Citons en deux : Nora dans « Une maison de poupée » d’Ibsen[2], et Isabel dans le « Portrait de femme »[3] d’Henry James. Toutes deux, comme Elisabeth, s’opposent aux règles de vie qui leurs sont imposées par les hommes, par une organisation sociale pensée du seul point de vue du masculin.

Mais ce qui nous interpelle dans ces récits de révoltes féminines, est que les auteurs en soient précisément des hommes. Ces hommes, en s’interrogeant sur le sort réservé aux femmes, réduites à une incapacité sociale, ne s’interrogent-ils pas également sur eux-mêmes ?

Dans cette même société corsetée de la fin du XIX° siècle, un certain Sigmund Freud se met à écouter des femmes. Il entend ce qu’elles ont à dire des manières abusives des hommes de leur entourage et de leurs effets sur leurs corps. Aurait-on aujourd’hui admis qu’il n’y ait rien à redire lorsqu’une jeune fille de 14 ans (Ida Bauer alias Dora par exemple[4]) est embrassée contre son gré par un ami de son père. A cette époque on ne donnait pas la parole aux filles troussées dans les recoins, elles obéissaient et subissaient, condamnées au mutisme et aux «maladies nerveuses ». En les écoutant, en leur permettant de mettre des mots sur leurs traumatismes, les psychanalystes ont contribué à l’émergence d’une parole de femmes.

Féministes avant l’heure ces écrivains ? Ou avant tout interpellés par une question très intime, celle du féminin en eux-mêmes ? A laquelle ils associent dans leurs textes des valeurs de liberté, d’authenticité et surtout l’abord de la vie selon une autre temporalité, un autre rythme et d’autres perspectives que les masculines qui prévalent de tous temps. Par le biais de leurs personnages de fiction les auteurs mettent en mots cette autre part d’eux-mêmes que les femmes leur révèlent. Cependant, pour la plupart, ils se heurtent à un impensé, la voie ouverte par leur questionnement du féminin se referme : dans « La Révolte », Elisabeth revient sur ses pas, renonce au départ, l’écrivain ne va pas au bout du chemin…

En 1870, la pièce de Villiers de l’Isle Adam reçut un accueil offusqué et fut retirée de l’affiche au bout de cinq représentations ! Aujourd’hui elle rencontre son public. Mais pour autant notre société si masculine, car marquée par cet ordre depuis des siècles et des générations, est-elle prête à être remaniée par le féminin. Non pas dans une perspective hégémonique, de remplacement d’un ordre par un autre, mais dans une véritable coexistence, en concordance avec la bisexualité psychique, constitutive de l’être humain, que Freud a décrite dès le début du XX° siècle.

Et si Melania quittait Donald … enfin !

Marie-pierre Sicard Devillard

 

[1] Auguste Villiers de L’Isle Adam – La Révolte – L’avant-scène théâtre

[2] Henrik Ibsen – Une maison de poupée – Actes Sud

[3] Henry James – Portrait de femme – Editions Liana Levi

[4] Sigmund Freud – Dora in Cinq psychanalyses – PUF

féminin, Freud, sujet

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