Un Psy dans la ville
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Des hôpitaux psychiatriques sont en grève depuis plusieurs semaines maintenant. Des voix s’élèvent pour alerter les pouvoirs publics de l’état calamiteux dans lequel se trouve la psychiatrie : pas de moyens dans les hôpitaux, pénurie dans le secteur privé.

Qui connaît un peu la pratique hospitalière en psychiatrie ne peut qu’approuver cette alerte nécessaire et urgente tant la situation est dégradée. Cependant, au nom de quoi engager la lutte ? Au nom du manque de moyens, certainement. Au nom d’autres considérations qui relancent le vieux débat organiciste ? ce serait dommage.

Considérer la maladie mentale exclusivement comme une maladie somatique  peut laisser ..sans voix au 21èmesiècle. Énoncer que la psychiatrie doit rentrer dans le giron de la médecine et considérer la psychiatrie comme une médecine somatique avant tout est visiblement le credo à la fois de certains psychiatres[1]et du Ministère de la Santé.

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Cette magie lente[1] est une pièce de théâtre de Denis Lachaud, et son titre aurait été inspiré à l’auteur par une phrase de Freud « la psychanalyse est une magie lente ». De psychanalyse, il est en effet question pendant l’heure et quelques minutes que dure le spectacle, et dans cet intervalle qui ne contiendrait au mieux que deux séances se déroule en accéléré l’essentiel d’une cure.

Au festival d’Avignon, dans la touffeur de juillet, la pièce faisait salle comble et l’on se demande ce qui a poussé le public à venir entendre les mots crus, la violence d’un propos hors norme, un texte sans concession. Est-ce la fascination qu’exerce encore la psychanalyse, ou bien l’actualité intemporelle d’une histoire de viol d’enfant, ou encore la performance d’un comédien[2] qui semble à chaque minute jouer sa propre peau ? Sans doute tout cela à la fois.

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Depuis la fin du 19ème siècle, la connaissance du fonctionnement de la psyché humaine s’est considérablement enrichie. A la suite de la psychanalyse, la psychologie, la psychologie cognitiviste, la neuro psychologie, les neuro sciences sont des domaines de recherche qui tentent de comprendre comment notre psyché. Malgré toutes ces connaissances nouvelles, importantes, fondamentales, une chose demeure indispensable : l’intuition. Quelque chose de notre psyché résiste et résistera sans doute toujours à une compréhension scientifique. Ne nous méprenons pas, elle est indispensable mais elle est insuffisante.

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En décembre 2016, l’actualité législative française a été marquée par un étrange débat: une résolution visant à interdire la psychanalyse dans le soin des enfants autistes était soumise à l’Assemblée Nationale.

Paula Modersohn-Becker, Mädchenbildnis, 1905
Paula Modersohn-Becker, Mädchenbildnis, 1905

L’autisme est une pathologie extrêmement complexe qui prend autant de formes différentes que de personnes atteintes, et le handicap qui y est souvent associé en dépend.  Ce qui caractérise toujours  la personne autiste ou « avec autisme » est un trouble de la présence et de la relation: elle ne parvient pas à s’identifier à l’autre ni à se voir dans la relation avec les autres. Les degrés de ce trouble varient et l’interaction avec une personne autiste est plus ou moins possible, mais toujours étrange.

Depuis plusieurs décennies, les recherches tant sur la compréhension des origines de l’autisme que sur les modes de soin et d’accompagnement se multiplient et se complètent. L’incompréhension qui demeure nécessite la plus grande humilité, et à complexité de pathologie doit répondre souplesse et complexité de soin. Le pronostic dans la prise en charge des personnes avec

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De quoi parle-t-on lorsque l’on parle de « radicalisation » ? D’une maladie ; d’un syndrome d’origines diverses, psycho-sociales par exemple ; ou encore fait-on référence à des comportements déjà connus ?

racine du mal
Racine – photo MPSD

Mais s’agit-il d’un mal nouveau ? n’est-ce pas plutôt l’omniprésence du mot qui en signe la nouveauté ?

La dérive des significations des mots est dangereuse, elle fait oublier ce qui est déjà connu, propulse une collectivité vers des inconnus qui sont source de peurs et l’entraine en retour vers des réflexes de crispation, de repli, voire de haine.

Si l’on fait l’hypothèse que le « radicalisé » est une personne en souffrance, en souffrance d’être, alors de quel mal souffrirait-il ?

A la racine du mal-être, du mal de vivre, se nichent le désespoir ou la haine, ou des failles profondes avec lesquelles tout sujet humain a plus ou moins maille à partir. Parfois elles sont si profondes que la rupture est radicale, l’individu coupé des autres en vient à commettre l’irréparable dans une mise en scène à la démesure de sa souffrance. Comme ce pilote qui écrasait son avion contre une montagne, dans un geste de très grande mélancolie…

Mais pour autant, la maladie psychique n’est pas la racine de toute « radicalisation » ; la haine de l’autre, l’exacerbation de la destructivité ne sauraient être simplement des symptômes d’une maladie mentale. Les gestes fous ne sont pas toujours commis par des fous. Freud l’avait compris en son temps et souligné en écrivant « Malaise dans la civilisation » au lendemain de la guerre de 14/18.

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CastafioreNous ne sommes pas les premiers à le dire : la tyrannie du bonheur sévit. L’euphorie perpétuelle empêche les âmes de s’adonner à leur plaisir favori : l’égarement. La course aux objets de consommation, ou pour le dire moins poliment, la fringale de cool toys, empêche l’inclinaison mélancolique.

Le cool toy, qu’est-ce que c’est ? C’est tout ce qui rend la vie plus simple, plus sexy, plus sympa, et qui l’évide de sa substance complexe, souffrante, mortifiante. Des siècles de littérature romanesque sont ainsi court-circuités par quelques mots-clés sur une application, par un smiley sourire sur un réseau social, par un tweet laconique, voire lapidaire. Tout se passe comme si nos inconscients avaient délibérément opté pour une simplification du monde, dans un renoncement face à l’abysse de l’énigme humaine. – Allo, le monde ? Je me suis tapé douze ans d’analyse, je ne vais toujours pas mieux. Donc, aujourd’hui, exit ma psy mutique qui tripotait son collier de perles derrière moi ! Je veux de la TCC, de la bonne, de la vraie ! Je veux du conseil pour plus flipper le soir quand je rentre en scooter d’Argenteuil. Je veux du coaching pour apprendre à pas chialer comme une madeleine quand je vais au ciné voir le dernier Di Caprio. Et, dans l’idéal, je voudrais faire un gosse avant quarante ans si mon agenda book me le permet.

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Vivre avec la poésie, c’est s’émouvoir d’un paysage, de l’éclosion d’une fleur, d’un chant d’oiseau, d’un souffle de vent, de la course d’un ruisseau, du rire d’un enfant ; Dire, Écrire, penser, mettre délicatement ou rageusement en mots ces surgissements du quotidien. Les mots ont cette fonction d’approcher au plus près le subtil, l’insaisissable de l’instant, d’arrêter une sensation. Avec les mots, nous nous approchons de quelque chose qui tout en même temps nous échappe à l’instant même ; parce que le mot fige la sensation. Mettre en mots le vécu, le ressenti, c’est aussi irrémédiablement y mettre une distance, l’appauvrir en le définissant, et laisser s’échapper ce que la poésie a d’insaisissable.

Car la poésie n’est qu’œuvre de mots.

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La famille est un système dans lequel chacun des parents mais aussi chaque frère et sœur s’inscrit malgré soi, au nom du sang, dans cette appartenance qui nous transcende. Y a-t-il autre chose que l’être humain ne peut choisir que ses parents, sa famille ?  Chaque être nait où il nait, c’est-à-dire toujours au cœur d’un système plus ou moins bien organisé, plus ou moins bien équilibré.  Plus ou moins équilibrant, aussi, selon qui il est.

Ce système préexiste en partie à chaque naissance, mais se construit aussi au cours de l’histoire de chacun et de tous, des joies, des drames et de ce qui en est dit ou pas : une famille a ses anecdotes, ses histoires, ses façons de parler, ses mots et expressions fétiches. images 3Ainsi, le système familial tient par des mots (ceux que l’on dit et ceux que l’on ne dit pas), un lexique et une grammaire propres: une langue. Cette « langue de famille » ordonne les relations des membres entre eux en même temps qu’elle cimente le groupe de ceux qui la composent et lui donne une cohésion. Pour certains, elle est la seule langue qu’ils ne connaitront jamais. D’autres parviennent à en apprendre une autre, tout en se détachant de la première, ce qui peut être un des enjeux d’une psychanalyse.

Dans le roman « Rien ne s’oppose à la nuit », Delphine De Vigan déploie la vie de la mère de l’héroïne, morte par suicide après soixante-deux ans d’une vie instable.

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