Un Psy dans la ville
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L’actualité met de nouveau en lumière la problématique question de la pédophilie dans l’Eglise.

Pédophilie dans l’église

Elle est problématique sous bien des aspects : pour l’Eglise comme institution religieuse mais aussi parce qu’elle met les victimes de ces actes destructeurs face à une réalité insupportable : la prescription.
Qu’est ce que la prescription : une mesure d’ordre social qui consiste à décider que les actes délictueux ou criminels ne seront plus poursuivis au-delà d’un certain temps et en l’absence de plainte de la victime. Mesure d’ordre social car la société considère que le temps qui passe sans action de la victime justifie que la sanction ne soit plus justifiée.
Seuls les crimes commis contre l’humanité sont considérés comme imprescriptibles en raison de leur gravité et de la nécessité de les sanctionner quelque soit le temps passé. L’horreur est éternelle.
Ne pourrait on pas penser les crimes de pédophilie comme des crimes contre l’humanité ?

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Les hasards d’un voyage aux confins de l’Arabie m’ont donné l’occasion de faire escale à Dubaï et d’une brève, mais néanmoins intense, visite de cette métropole qui présente tous les signes de la démesure. Il n’en fallait pas moins pour interpeller la psychanalyste qui s’assoupissait au sein de la voyageuse.

Démesure – © MPSD

Dubaï, destination de rêve pour certains, vaste terrain de commerce et d’affaires pour d’autres, incrédulité pour le psy qui ne peut s’empêcher de s’interroger sur le sens de ce Disneyland gigantesque, et sur l’âme de ceux qui l’habitent.

Ce royaume du paraître et du consommable, véritable temple dédié au narcissisme de masse, serait conçu pour le bonheur, la satisfaction de tous les manques. Ici, dans des centres commerciaux géants où sont réunies toutes les marques du monde, tout peut être acheté, consommé.

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Un deuil c’est douloureux ! Oui bien sûr… Comment pourrait-il en être autrement ? Comment ne pas avoir mal lorsque quelqu’un qu’on aimait meurt ? Cet éprouvé douloureux qu’une personne ressent lorsqu’un de ses proches disparaît est avant tout « un savoir humain ». Etre endeuillé, et en souffrir, est le propre de l’homme.

Tenues de deuil – Belle époque

Freud nous rappelle, dans son article Deuil et mélancolie, que « le deuil est régulièrement la réaction à la perte d’une personne aimée…». En ce sens il n’est pas une maladie et nous savons bien qu’il sera surmonté après un laps de temps, qu’il est même nuisible de le perturber. Or, même si nous en connaissons les codes, le deuil ne peut manquer d’être inquiétant tant il présente des aspects sombres qui ressemblent à ceux de la mélancolie. La mort d’un proche, ou la perte de quelque chose d’important,

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La cure psychanalytique est une expérience de la parole, un lieu et un temps au cours desquels une personne vient mettre des mots sur ce qu’elle vit, mettre en mots ce qu’elle ressent. Ces mots tissent son histoire, lui permettent de se l’entendre dire, la comprendre… Et par cette expérience unique se reconnaît en celui qui parle, celui qui peut dire JE, le sujet. Elle en constitue sa singularité.

dire – © Ben

Celui, ou celle, qui a fait l’apprentissage de ce dire à la première personne, de sa parole singulière, saura penser les expériences de sa vie selon lui-même, trouver des réponses qui lui conviennent, appréhender des situations nouvelles sans crainte. Il aura accès à sa manière propre d’utiliser le langage.

Ce qui nous sert à dire les choses c’est le langage. Il est d’une certaine façon au service de notre parole, au service de notre pensée. Mais que se passe-t-il lorsque le langage prend le dessus,

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vous avez dit victime ?

Depuis son émergence, dans les années 1990/2000, le terme de pervers narcissique fait florès. Il est entré dans le langage courant, à tel point que cette épidémie est suspecte. Notre société ultra libérale et individualiste se caractérise par une inflation des pathologies narcissiques. Nous sommes passés d’un légitime souci de soi à une obsession de soi.

Le pervers narcissique est le nom du sujet contemporain obsédé de lui-même et pour qui l’autre n’est qu’un moyen pour arriver à une satisfaction de toute-puissance. Cette obsession narcissique se traduit par une objectivation de l’autre, une déshumanisation des liens. Il faut bien convenir que le contexte sociétal l’y invite. La mise en concurrence qui commence dès l’école pour certains, qui se poursuit dans le cadre de la recherche d’un emploi, qui persiste dans le monde du travail a des effets féroces sur le narcissisme de chacun. Non qu’il se renforce, tout au contraire : à force d’obsessions, de contraintes imposées sur le corps, l’esprit, le narcissisme se fragilise car jamais le sujet ne se sent à la hauteur de ce qu’il lui est imposé. Ce n’est plus un hyper narcissique mais un « hypo »narcissique.

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La chirurgie plastique ou esthétique est thérapeutique lorsqu’elle répond à une demande de réparation de malformations innées ou de déformations accidentelles, invalidantes voire handicapantes. Elle vise alors à réparer un être abîmé, à le soigner : elle est « réparatrice ».

extrait de « Il neige », triptyque, 2013
In Hybrid Body

En revanche, il n’est pas question de soin dans les actes qui visent à modifier de façon irrémédiable le corps. Les demandes d’injections de botox, liposuccion, augmentations mammaires, lipoffilling, rhino plastie, etc. sont en augmentation constante et particulièrement chez les moins de trente ans. De thérapeutique, la chirurgie plastique devient transformatrice. Il n’est pas question de mal-être ou de « complexe » que l’on tenterait, dans un acte illusoire, de lever. Le recours à la chirurgie s’inscrit désormais dans une logique consumériste tout à fait décomplexée : il devient banal de s’acheter une paire de fesses ou de seins comme autant d’options ou d’extensions qui configurent un ordinateur, une voiture ou un robot ménager, de disparaitre comme sujet dans le reflet d’un corps objet.

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Monsieur le Responsable Commercial,

virtuelophobie
Casque de réalité virtuelle en action

J’ai bien reçu votre courrier m’informant que « les thérapies par exposition à la réalité virtuelle sont enfin accessibles aux professionnels de la santé mentale », courrier par lequel vous m’invitez à m’équiper pour 100 euros HT par mois d’un casque de réalité virtuelle « solution thérapeutique permettant d’exposer graduellement les patients face à leurs phobies, en les immergeant dans des environnements anxiogènes ».

J’ai été à la fois surprise et amusée de recevoir votre proposition qui se situe à l’exact opposé de mon approche thérapeutique.

Je reçois des personnes qui viennent me parler de leur difficulté à vivre. Cette difficulté peut en effet parfois prendre la forme d’une phobie ou d’une angoisse, ou les deux, mais pas toujours. La phobie ou l’angoisse sont en revanche toujours l’expression, la manifestation de cette difficulté, ce par quoi elle émerge.

Or, vous me proposez de répondre à la demande du patient, non pas en l’invitant à parler, mais en lui demandant d’enfiler un casque de réalité virtuelle. Je n’aurai ainsi

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unknown-2« Je suis presque le seul à enseigner une doctrine qui permettrait au moins de conserver à l’ensemble du mouvement son enracinement dans la grande tradition : celle pour laquelle l’homme ne saurait jamais être réduit à un objet ».
Lettre de Jacques Lacan lettre à son frère Marc le 5 septembre 1953.

Il est important dans notre monde contemporain de pouvoir affirmer que la psychanalyse se situe dans un courant de pensée humaniste. Encore faut il se mettre d’accord sur la définition de l’humanisme.
Il s’agirait d’un humanisme qui met l’humain au centre, mais avec une nouvelle idée de l’humain qui se distingue de celle du 16ème, 17ème siècle, voir du 19ème siècle. Ce n’est plus l’homme cartésien, qui croit qu’il est là où il pense.
L’invention de la psychanalyse a bouleversé l’idée de l’homme. Elle l’a bouleversé car elle a démontré que le moi cartésien était une illusion. L’humanisme à laquelle la psychanalyse pourrait se référer tient compte de ces avancées.
La psychanalyse prend le parti du sujet. De ce sujet qui ne se confond pas avec le sujet du cogito cartésien. Elle tient compte dans le sujet de ce qui lui échappe. Elle affirme que le savoir sur sa souffrance est du côté du sujet, même s’il l’ignore dans un premier temps. Ce nouvel humanisme peut prendre en compte la conception de l’homme pris dans les lois du langage, de la division du sujet, du sexuel, du manque. Ce n’est pas antinomique et surtout c’est indispensable et urgent car ce qui se trame aujourd’hui est aux antipodes de la prise en considération de l’humain, du sujet de la psychanalyse.
Le transhumanisme notamment utilise le terme d’humanisme en le dévoyant ou plus exactement on peut considérer que le transhumanisme était en germe avec l’idée de l’humanisme du 18ème siècle. La croyance dans le progrès, l’idée que l’homme peut tout, est un tout, subvertit un humanisme qui met l’homme au centre de tout. Mais qui sait que l’homme n’est pas un tout.
La conception de l’homme par la psychanalyse est à l’inverse de la conception de l’homme-machine des transhumanistes. Pour en revenir à la citation de Lacan, la psychanalyse est une thérapeutique, certes, mais elle est une thérapeutique qui a pour objet : un sujet qui ne se réduit pas à un objet.
La psychanalyse ne vise pas à l’adaptation de l’homme à la société, elle ne vise pas le bonheur, elle n’est pas orthopédique ni normative. Elle ne prend en considération que le sujet dans sa complexité, dans ses liens au langage qui le fonde.
Même si la conception de l’homme a radicalement changé avec la découverte de l’inconscient, la psychanalyse s’inscrit dans un humanisme contemporain.
Il est important de le dire afin de se démarquer de toutes les nouvelles formes de psychologie. La psychanalyse n’est pas une psychologie qui fait de l’homme un objet à réparer ou à reconditionner.

Béatrice Dulck