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Un Psy dans la ville
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souffrance

Ouf !!!

Pas si fou, ce pays : le danger immédiat qui menaçait notre démocratie a été écarté. Mais après le soulagement, l’inquiétude persiste.

Que n’avons-nous pas entendu, ni retenu, de la souffrance de ceux qui se sont dit près à « renverser la table », restant sourds à tout argument pragmatique et raisonné ? Qu’avons nous compris de cette violence qui passe les digues du refoulement, dans les paroles, et parfois dans les actes ?

Cet épisode de notre vie démocratique n’est pas sans évoquer le mouvement des « gilets jaunes », dans sa mise en scène de la violence et de la détresse.

Que n’entendons nous pas ?

Une souffrance individuelle qui se noue à celle d’autres ; le sentiment d’insécurité, d’invisibilité, d’être sans voix ; l’impression de ne compter pour rien dans un monde complexe qui échappe aux individus, alors qu’il prône l’individualisme. Et aussi, toujours manquer d’argent pour entrer dans la ronde de la consommation effrénée, avancée comme le seul horizon enviable et émancipateur.

Les réponses à ces souffrances et ces doléances ne sauraient rester sur le seul plan matériel et pécuniaire. Ce dont nous avons besoin, collectivement, c’est de plus de lien entre nous. Ce dont nous avons besoin, c’est de reconstruire la solidarité entre tous, apprendre ensemble à inventer comment vivre dans le monde dégradé qui est notre présent. Pour cesser de se perdre dans une vision dystopique, sans aucun moyen d’agir, un nouveau récit est à réécrire ensemble, un peu à l’instar de ces cahiers de doléances ouverts après la révolution française, mais aussi après la « crise des gilets jaunes ». Ouvrons d’autres cahiers, sortons les anciens de leurs placards, reprenons le chemin des café collectifs, des lieux de solidarité, et parlons-nous.

Cette élection montre que la victoire de Thanatos n’est pas certaine, qu’une grande partie du monde est mue par Eros, pulsion de vie et d’espoir…

Béatrice Dulck et Marie-pierre Sicard Devillard

 

Fatigue

Nous sommes fatigués, nous sommes débordés, dépassés, exténués… Et pourtant, nous sommes actifs, nous faisons du sport, courons, nageons, sautons, nous surveillons notre alimentation, notre sommeil, avalons des compléments nutritifs, pratiquons les arts martiaux, le yoga et la méditation. Et nous sommes encore fatigués !

Mais que nous arrive-t-il donc ?

Sommes-nous seuls responsables de cet abattement ? car, enfin, avec toute l’énergie déployée pour le combattre, comment se fait-il qu’il ne fasse que croitre, et non se dissoudre ? Peut être déployons-nous trop d’énergie à répondre aux injonctions d’activités venant de toutes parts et à combattre les signes du temps.

Mais la fatigue à la fois physique et psychique qui se déploie chez nous-mêmes et nos contemporains serait bel et bien aussi un fait collectif et sociétal. A force de faire endosser la responsabilité de son bien-être au seul individu, dans une logique capitaliste et libérale, ce dernier craque de toutes parts. Progressivement écarté du collectif dans sa vie professionnelle, dans la désertion des engagements associatifs et politiques, dans la nucléarisation de la vie familiale et le développement de la vie virtuelle en réseaux sociaux, l’individu porte de plus en plus à lui seul l’obligation du bonheur et c’est cela qui le fatigue. La bonne santé contribue à la sensation de bien-être, de bonheur, mais le bonheur se trouve aussi dans les liens aux autres, dans les aventures collectives, les défis relevés à plusieurs, les projets…

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Pulsion de Mort

Dans l’article « Au-delà du principe de plaisir », paru en 1920, Freud s’emploie à montrer que, comme l’enseigne la biologie, la finalité de toute vie est sa mort et que ce qui occupe les vivants, les humains en particulier, est de tromper la mort, d’organiser la vie. De ce fait, au sein même du vivant se livre une bataille constante entre Eros et Thanatos, entre la pulsion de vie et la pulsion de mort.

Mais ce qui serait premier selon Freud, et où il a été extrêmement controversé, c’est cette force pulsionnelle visant notre anéantissement, contre laquelle nous oeuvrons sans cesse. La force de la vie serait une réaction à celle de la mort. La pulsion d’agressivité serait une expression de la pulsion de mort. Pourtant Françoise Dolto y voyait l’expression de la pulsion de vie, celle qui fait qu’on s’accroche, qu’on se bat et se débat, question de point de vue…

Si l’on regarde les choses sous l’angle purement freudien notre compréhension de nombre de phénomènes qui agitent les humains s’éclaire sous un autre jour. Que penser en effet de la guerre, de la destruction des ressources terrestres, de l’accroissement des inégalités sociales … si ce n’est comme la conséquence de notre propension à nous détruire.

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Pas de recette pour se connaître

A l’occasion du Salon du livre, qui a fermé récemment ses portes, une enquête sur la lecture en France, et sur les achats de livres par catégories a mis en évidence une forte progression des ventes d’ouvrages de développement personnel et de psychologie. Cette progression nous interroge.

L’étude du sociologue Nicolas Marquis[1] sur les lecteurs de livres de développement personnel est intéressante à plus d’un titre. En deça de la simplicité des propos tenus dans ces ouvrages, ce qui accroche le lecteur est qu’ils lui parlent de lui : tous se reconnaissent, chacun peut puiser des pistes pour lui-même et se dire « c’est tout à fait moi », « cela me correspond tout à fait ». Etre nommé par autrui, se reconnaitre dans un quelconque inventaire à la Prévert de symptômes et conmportements, présente sans aucun doute des aspects réconfortants en suggérant et assurant qu’à tel ou tel malaise, sentiment, affect, des réponses existent.

En outre ces livres prônent la responsablité de chacun, la possibilité de s’en sortir seul, se prendre en charge, dans une société où l’autonomie et l’individualisme sont des valeurs hautement prisées.

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No future

Un personnage de roman à l’unisson du désenchantement social, c’est ainsi que se présente le héros de « Sérotonine »[1], le dernier livre de Michel Houellebecq. Portrait d’un homme désabusé, désespéré, nostalgique des amours perdus, aux prises avec un avenir barré, ce faux héros ferait la synthèse de l’homo capitaliste du début du XXI° siècle : angoissé et déprimé de vivre dans un monde d’incertitudes. Car l’environnement qu’il décrit est aussi désenchanteur et désenchanté que lui-même : monde d’inquiétudes et d’angoisses sociales, économiques, politiques, replié sur lui même et haineux. Les colères ne semblent plus pouvoir le sauver.

Seule la vie amoureuse apporterait de la joie à cette vie sans saveur, mais pour celui-là qui nous est conté tout est définitivement trop tard.

De cette peinture d’une époque, d’une société inquiète et désenchantée, le lecteur en reconnaîtra la familiarité : c’est sans doute cela qui dérange dans les romans de Houellebecq, cette manière trop précise, trop crue, de nous narrer notre environnement. Nous pourrions oublier trop vite que la littérature n’engage que son auteur. Le personnage et son cadre ne sont que pure fiction, mais comme toute fiction elle puise ses sources dans le réel.

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Corps en souffrance

Que la souffrance tienne à une cause organique, qu’elle soit liée à une raison affective ou bien encore qu’elle soit un fait du psychisme, c’est toujours le corps qui est le lieu de la souffrance.

L’actualité littéraire met en scène des corps qui souffrent, dans deux textes qui n’ont de commun que corps en souffrancela coïncidence de leur sortie en librairie. Au delà des causes des douleurs et de leur nature, ce qui différencie les deux récits de ces corps souffrants est sans doute la manière dont chaque protagoniste s’en empare, ou non.

Le journaliste Philippe Lançon, grièvement blessé lors de l’attentat de Charlie Hebdo, décrit avec une étonnante authenticité et un réalisme sans concession le long enchainement de maux, de soins, de réparations et d’infortunes dans lequel l’ont embarqué ces blessures hors norme. L’écrivain Edouard Louis, en renouant avec son père, rencontre un homme fracassé par la vie dont il livre un portrait pudique en même temps qu’un réquisitoire contre les conditions sociales qui l’ont mené à cette dégradation.

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Temps psychique et temps légal

L’actualité met de nouveau en lumière la problématique question de la pédophilie dans l’Eglise.

Pédophilie dans l’église

Elle est problématique sous bien des aspects : pour l’Eglise comme institution religieuse mais aussi parce qu’elle met les victimes de ces actes destructeurs face à une réalité insupportable : la prescription.
Qu’est ce que la prescription : une mesure d’ordre social qui consiste à décider que les actes délictueux ou criminels ne seront plus poursuivis au-delà d’un certain temps et en l’absence de plainte de la victime. Mesure d’ordre social car la société considère que le temps qui passe sans action de la victime justifie que la sanction ne soit plus justifiée.
Seuls les crimes commis contre l’humanité sont considérés comme imprescriptibles en raison de leur gravité et de la nécessité de les sanctionner quelque soit le temps passé. L’horreur est éternelle.
Ne pourrait on pas penser les crimes de pédophilie comme des crimes contre l’humanité ?

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Tweeter n’est pas parler

Témoigner d’actes de harcèlement moral, de violence sexuelle, d’abus de pouvoir, sur un réseau social a le grand mérite de mettre en lumière l’existence de ces pratiques intolérables, de permettre de prendre conscience de la réalité du phénomène et d’amorcer un processus de changement.

Tweeter n'est pas parler
Tweeter

Cependant, rendre compte en 160 caractères maximum d’actes et d’évènements dont la nature est pour le moins traumatique ne saurait suffire à remplir la fonction cathartique qui est justement de lever le traumatisme. Il n’est pas certain que la parole soit ainsi libérée.

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Désolation !

Désolation !

Un jeune homme plongé dans un coma profond à la suite d’un accident de la route a été l’objet d’une « expérience » récente. « Grâce » à la stimulation de son nerf vague pendant très d’un mois, situé au plus profond de son cerveau, il a réagi à ces impulsions électriques.
A la diffusion d’ une musique qu’il aimait, ses parents ont vu une larme couler de ses yeux.

larme et désolation
Larmes-Man Ray-1930

L’expérience a cessé au bout d’un mois et l’histoire ne dit pas ce qu’est devenu ce jeune homme. Sans doute a-t-il plongé de noveau dans un coma profond.
Que la recherche scientifique fasse des progrès énormes ne laisse aucun doute, que l’enthousiasme des découvertes et avancées incitent les chercheurs à procéder à des expérimentations est une bonne chose.

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Un corps inhabité

Notre corps est notre lieu de résidence … terrestre.

Dans la représentation dualiste de la vie humaine, la personne est séparée en deux parties : le corps, et l’esprit. L’essentiel est l’esprit, le corps n’étant qu’un lieu de passage. Dans la religion chrétienne, adossée à ce principe dualiste, la vie sur terre est considérée comme une transition au cours de

corps
René Magritte – The Pilgrim

laquelle le corps humain souffre en attendant la mort, laquelle contient la promesse de rencontrer un idéal. La vraie vie serait ailleurs, dans un au-delà beau et parfait à l’image de la représentation divine.

L’esprit de l’homme européen, judéo chrétien, est fortement structuré par la force de cette conception de la vie. Bien que l’idéal divin soit devenu caduc, et que la pratique religieuse se soit considérablement affaiblie, il est probable qu’un modèle idéal, issu du modèle divin, continue de structurer nos perceptions, de nous mettre en tension. Or la place de ce modèle, jadis extérieure, voire extra-extérieure, a basculé en interne, l’idéal est en soi. Ainsi, chirurgie esthétique, diététique, pratiques corporelles seraient les formes modernes de rédemption dans la souffrance ou la discipline de soi, comme si le corps devenait un nouvel objet de religion, en vue d’atteindre une représentation idéalisée de lui-même.

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