Un Psy dans la ville
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amour



Entre mère et fille, s’installe très souvent une relation qui fait pleurer, rire, crier… Une relation que les filles se racontent, que les mères peuvent redouter ou espérer. Une relation qui concentre toute la palette de sentiments, d’émotions, de sensations, de contradictions que l’humain compte. Quelque chose d’à la fois unique et puissant, un lien originel, nécessaire et fascinant, que l’on en souffre ou qu’elle soit au contraire source de joie. Une véritable passion !

entre mère et fille
Felix Valloton – 1899 – Chambre rouge

Sans doute, pour toutes ces raisons, et d’autres encore, cette relation est objet d’écriture, source d’inspiration inépuisable. Quelques textes en cette rentrée viennent une fois encore en témoigner. Deux d’entre eux retiennent l’attention comme deux extrémités possibles de l’amour d’une fille pour sa mère.

L’écrivaine et historienne Chantal Thomas esquisse, dans le récit de souvenirs qu’elle vient de publier [1] les contours d’une silhouette maternelle toute auréolée de tendresse.

Cette mère, que l’on devine défaillante quant à son rôle maternel,

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Les jeunes filles rêvent, lit-on dans les contes de fées, elles rêvent de robes somptueuses, elles rêvent de prince charmant, elles rêvent de danser dans leurs bras, et surtout elles rêvent d’amour, avec un grand A. Ce rêve amoureux qui viendrait défaire de toute peine et de tous tracas et rendrait la vie idéale, reste tenace dans les imaginaires, même s’il prend des formes plus adaptées aux modes du temps.

l'idéalisation n'est pas la vie
Rêverie

De jeunes femmes rêveuses, les exemples abondent. Prenons Emma. Avant qu’elle ne s’appelle Bovary. Elle avait perdu sa mère très jeune et son père, ne pouvant l’élever seul, l’avait confiée aux Ursulines. Tout au long de son séjour au couvent, elle se réfugie dans des rêveries,

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vous avez dit victime ?

Depuis son émergence, dans les années 1990/2000, le terme de pervers narcissique fait florès. Il est entré dans le langage courant, à tel point que cette épidémie est suspecte. Notre société ultra libérale et individualiste se caractérise par une inflation des pathologies narcissiques. Nous sommes passés d’un légitime souci de soi à une obsession de soi.

Le pervers narcissique est le nom du sujet contemporain obsédé de lui-même et pour qui l’autre n’est qu’un moyen pour arriver à une satisfaction de toute-puissance. Cette obsession narcissique se traduit par une objectivation de l’autre, une déshumanisation des liens. Il faut bien convenir que le contexte sociétal l’y invite. La mise en concurrence qui commence dès l’école pour certains, qui se poursuit dans le cadre de la recherche d’un emploi, qui persiste dans le monde du travail a des effets féroces sur le narcissisme de chacun. Non qu’il se renforce, tout au contraire : à force d’obsessions, de contraintes imposées sur le corps, l’esprit, le narcissisme se fragilise car jamais le sujet ne se sent à la hauteur de ce qu’il lui est imposé. Ce n’est plus un hyper narcissique mais un « hypo »narcissique.

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Une des dernières trouvailles de la télé-réalité est de faire appel aux sciences humaines pour valider le choix amoureux. Il s’agit de marier des personnes qui ne se connaissent pas : leur rencontre n’aura lieu que le jour du mariage ! UnknownLes présentateurs de l’émission nous assurent de l’heureux résultat de ces mariages et de l’infaillibilité du procédé : en effet la sélection des futurs époux se fera de façon « scientifique ».

Soit, d’une part, une centaine de jeunes gens, hommes et femmes, tentés par les sirènes scintillantes d’une chaine commerciale qui leur promettent de rencontrer « scientifiquement » l’âme sœur ; d’autre part trois « scientifiques » (psychologue, sexologue, sociologue) qui vont déterminer les affinités électives entre quelques heureux élus.

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attention ..fragile
attention ..fragile

L’adolescence est une période de la vie faite d’incertitudes, de grandes déceptions, de frustrations, mais aussi d’exaltations, de grands combats, d’intransigeance ; pour les garçons comme pour les filles.

Cette période de la vie à notre époque s’allonge dans le temps et maintient ces jeunes dans une post-adolescence inconfortable. Certains, peu nombreux, sont attirés par les discours de Daesh et risquent de se fanatiser. A rebours des discours islamophobes, généralisants, Dounia Bouzar[1] insiste dans ses travaux pour dire que les jeunes dont elle s’occupe viennnent de tous les milieux sociaux et de toutes les origines.

Ces questions ne sont peut être pas suffisamment entendues, relayées.

Qu’est ce qui, dans le discours de Daesh, touche plus précisemment les adolescents et en particulier les adolescentes?

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UnknownBénédicte Ombredanne est une prisonnière, sa geôle est un mariage, son gardien un mari. Ainsi nous apparaît l’héroïne du roman d’ Eric Reinhardt « L’amour et les forêts » et cette prisonnière, le lecteur voudrait la voir s’échapper, se faire la belle.

Il y a quelque chose de Proustien dans ce récit d’une femme captive d’un amour impossible. Mais surtout le formidable tableau clinique d’une névrose obsessionnelle.

Car c’est bien de l’obsessionnalité pathologique de son mari dont Bénédicte Ombredanne est prisonnière, et dont la vérité ne lui sera jamais révélée.

On se souviendra du film de Claude Chabrol « L’enfer », qui entretenait constamment le trouble autour de cette frontière ténue entre raison et folie. Là aussi il était question d’un couple qui sombrait du fait de la névrose obsessionnelle du mari. Dans le roman d’Eric Reinhardt les dés sont jetés et la pauvre Bénédicte restera naïve jusqu’au bout. Le lecteur n’a d’autre alternative que de prendre le parti de cette femme victime de son méchant mari.

C’est agaçant.

Car ce serait oublier que le couple est un système qui se fabrique à deux, dont chacun à la responsabilité de ce qu’il en fait, dans la dépendance et l’inter-dépendance qu’il instaure avec son partenaire. Et le couple devient le lieu de tous les dangers, mais aussi de tous les bonheurs.

« La liberté de l’homme se confond avec le développement de sa servitude, écrivait Lacan, et ce, dans le mouvement même qui le mène à une conscience de plus en plus adéquate de lui-même ». La dialectique du rapport à l’autre est la condition même de la vie humaine, sa perte comme sa délivrance. Car c’est de la relation que naît la conscience de soi, le développement, la création de sa propre vie.
Manifestement pour Bénédicte et son mari ça n’a pas fonctionné, mais le lecteur, lui, a la liberté de ne pas s’apitoyer sur le sort réservé à l’héroïne de ce roman.

Marie-pierre Sicard Devillard

Eric Reinhardt – l’amour et les forêts – Gallimard 2014