Un Psy dans la ville
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humanisme



Les hasards d’un voyage aux confins de l’Arabie m’ont donné l’occasion de faire escale à Dubaï et d’une brève, mais néanmoins intense, visite de cette métropole qui présente tous les signes de la démesure. Il n’en fallait pas moins pour interpeller la psychanalyste qui s’assoupissait au sein de la voyageuse.

Démesure – © MPSD

Dubaï, destination de rêve pour certains, vaste terrain de commerce et d’affaires pour d’autres, incrédulité pour le psy qui ne peut s’empêcher de s’interroger sur le sens de ce Disneyland gigantesque, et sur l’âme de ceux qui l’habitent.

Ce royaume du paraître et du consommable, véritable temple dédié au narcissisme de masse, serait conçu pour le bonheur, la satisfaction de tous les manques. Ici, dans des centres commerciaux géants où sont réunies toutes les marques du monde, tout peut être acheté, consommé.

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unknown-2« Je suis presque le seul à enseigner une doctrine qui permettrait au moins de conserver à l’ensemble du mouvement son enracinement dans la grande tradition : celle pour laquelle l’homme ne saurait jamais être réduit à un objet ».
Lettre de Jacques Lacan lettre à son frère Marc le 5 septembre 1953.

Il est important dans notre monde contemporain de pouvoir affirmer que la psychanalyse se situe dans un courant de pensée humaniste. Encore faut il se mettre d’accord sur la définition de l’humanisme.
Il s’agirait d’un humanisme qui met l’humain au centre, mais avec une nouvelle idée de l’humain qui se distingue de celle du 16ème, 17ème siècle, voir du 19ème siècle. Ce n’est plus l’homme cartésien, qui croit qu’il est là où il pense.
L’invention de la psychanalyse a bouleversé l’idée de l’homme. Elle l’a bouleversé car elle a démontré que le moi cartésien était une illusion. L’humanisme à laquelle la psychanalyse pourrait se référer tient compte de ces avancées.
La psychanalyse prend le parti du sujet. De ce sujet qui ne se confond pas avec le sujet du cogito cartésien. Elle tient compte dans le sujet de ce qui lui échappe. Elle affirme que le savoir sur sa souffrance est du côté du sujet, même s’il l’ignore dans un premier temps. Ce nouvel humanisme peut prendre en compte la conception de l’homme pris dans les lois du langage, de la division du sujet, du sexuel, du manque. Ce n’est pas antinomique et surtout c’est indispensable et urgent car ce qui se trame aujourd’hui est aux antipodes de la prise en considération de l’humain, du sujet de la psychanalyse.
Le transhumanisme notamment utilise le terme d’humanisme en le dévoyant ou plus exactement on peut considérer que le transhumanisme était en germe avec l’idée de l’humanisme du 18ème siècle. La croyance dans le progrès, l’idée que l’homme peut tout, est un tout, subvertit un humanisme qui met l’homme au centre de tout. Mais qui sait que l’homme n’est pas un tout.
La conception de l’homme par la psychanalyse est à l’inverse de la conception de l’homme-machine des transhumanistes. Pour en revenir à la citation de Lacan, la psychanalyse est une thérapeutique, certes, mais elle est une thérapeutique qui a pour objet : un sujet qui ne se réduit pas à un objet.
La psychanalyse ne vise pas à l’adaptation de l’homme à la société, elle ne vise pas le bonheur, elle n’est pas orthopédique ni normative. Elle ne prend en considération que le sujet dans sa complexité, dans ses liens au langage qui le fonde.
Même si la conception de l’homme a radicalement changé avec la découverte de l’inconscient, la psychanalyse s’inscrit dans un humanisme contemporain.
Il est important de le dire afin de se démarquer de toutes les nouvelles formes de psychologie. La psychanalyse n’est pas une psychologie qui fait de l’homme un objet à réparer ou à reconditionner.

Béatrice Dulck

doigtsLe premier colloque international sur le transhumanisme s’est tenu à Paris le  20 novembre 2013.

Ce que dit la philosophie transhumaniste  : les progrès technologiques vont permettre de donner naissance à une nouvelle catégorie d’Homme, les hommes « augmentés » avec pour visée l’immortalité. Il s’agit donc de préparer la venue d’une nouvelle catégorie humaine, qui pourra se régénérer par le biais des Nanotechnologies, des Biotechnologies et par l’Intelligence Artificielle. Il ne s’agit plus de science fiction mais de science en marche.

Un des théoriciens du transhumanisme, Raymond Kurtzweil, ancien professeur au MIT, créateur de plusieurs entreprises High Tech est aujourd’hui directeur de l’ingénierie chez Google.

Des Think Tank un peu partout dans le monde se mettent en place pour réfléchir aux aspects éthiques, économiques, juridiques, moraux, philosophiques des avancées fulgurantes des NBIC : Nano-Bio-Intelligence-C

Psychanalystes, nous souhaitons ouvrir un groupe de travail inter-disciplinaire afin de réfléchir ensemble à ces nouvelles données du futur, maintenant proche, qui peuvent bouleverser l’humanité telle qu’on la connaît encore aujourd’hui.