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Un Psy dans la ville
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La vie, après…

Nous avions perdu la mémoire de la peste et du choléra. Dans l’intimité de nos corps, celle-ci vient de se rappeler à nous, venue du fond des âges, d’un passé que nous avions cru révolu à jamais. La pandémie nous rappelle que l’humanité n’est sans doute pas éternelle et que son occupation de la planète Terre est temporaire. Nous avons été pris dans une forme d’


hallucination collective négative qui nous a fait oublier le caractère mortel et transitoire de notre condition humaine. Si ce virus est capable de nous faire recouvrer cette mémoire, alors son passage aura des effets puissants, en particulier celui de nous rendre à l’humilité, et à l’humanité.

L’humanité est aux prises avec le vivant, non pas en guerre, mais en lutte pour sa survie. Ce qui est mobilisé dans ce combat est la pulsion de vie, celle que Freud a nommée en premier comme pulsion d’auto-conservation (de l’espèce humaine). L’angoisse devant la pandémie n’est ni plus ni moins qu’une angoisse devant le risque de disparition de notre espèce. Il ne fait plus de doute qu’elle est menacée durablement et gravement par les effets délétères des dégradations de l’environnement. Il y a à cet endroit-là un formidable déni.

Comment en effet penser que nous serions responsables collectivement de notre propre disparition, si ce n’est en convoquant une nouvelle fois ce que la psychanalyse, avec Freud, a conceptualisé sous le terme de pulsion de mort. Car l’humanité a ceci de paradoxal d’être à la fois orientée vers sa survie et animée par des mouvements d’autodestruction. Cette tension permanente, ce conflit psychique, caractéristique de l’intime, nous l’observons dans les cures de nos patients, la pandémie nous en rappelle son universalité.

Les réponses que l’humanité, par la voix de ses gouvernants, apporte à la menace que constitue la maladie sont des réponses pragmatiques, néanmoins empiriques, en attendant que la recherche médicale trouve des tests, des remèdes, des vaccins…  Dans une société régie par plus d’un siècle d’hégémonie de l’argent, de l’économie et de la science technologique, cet empirisme surprend. Les controverses déjà actives autour des traitements efficaces, ou non, démontrent que la médecine n’est pas qu’une discipline scientifique. Le médecin face à son patient n’a rien à faire des mathématiques et des statistiques : c’est toujours le malade qui guérit, le conflit psychique entre pulsion de vie et pulsion de mort se résout au singulier.

La destructivité des conditions de la vie humaine par un capitalisme « en roue libre » trouve son point de butée avec l’apparition de ce virus contagieux qui met à mal tous les rouages de l’organisation du monde. Rien ne parvient à endiguer le phénomène de la contagion virale, et le choix adopté par la majorité des autorités de la planète est médiéval, bien peu scientifique.

Aujourd’hui, nous vivons une grande répétition générale de ce que nous pourrions vivre à l’avenir si nous n’y prenons garde. En 1933, Freud concluait son texte « Malaise dans la civilisation » sur son interrogation concernant la victoire de la pulsion de vie sur la pulsion de mort. Il était assez pessimiste sur la capacité de l’Humanité à toujours faire triompher la pulsion de vie. Il a eu raison à son époque de douter.

Si la pulsion de mort continue de s’emballer, alors les conduites économiques, politiques, sociales et environnementales conduiront l’humanité vers un désastre. Au contraire, si la vie humaine reprend sa valeur, si les conduites collectives se mettent au service de l’humain, si l’expérience collective actuelle de la fragilité de l’Humanité a force d’expérience, alors nous devrions espérer la construction d’une vie collective fondée sur des bases plus saines, plus humaines, et assister au triomphe de la pulsion de vie.

Béatrice Dulck et Marie-pierre Sicard Devillard

humanisme, mort, pulsions, vie

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