Un Psy dans la ville
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langage



Lors d’un récent entretien télévisé, réunissant journalistes et homme politique, nous avons pu entendre des mots claquant comme des coups de poings, des phrases fusant comme des flèches : voilà en matière de parole, ou de discussion, ce qui tend à envahir la scène verbale publique. De débat, ces joutes oratoires n’ont plus que le nom, au profit de l’hégémonie d’un discours lapidaire, d’un parler fort, dans lequel il s’agit avant tout de donner de la voix, de gagner la bataille du bruit et d’avoir le dernier mot.

Débat – Théatre de l’Odéon – Mai 1968

Si encore il était question de bons mots, ou de mots d’esprits… mais non, de ces mots irrévérencieux, de ces mots creux, l’humour est trop souvent absent et ces batailles de mots se teintent d’une noirceur mortifère.

Le parler creux de certaines personnes publiques et médiatiques va de pair avec l’appauvrissement de la langue que nous avons déjà évoqué ici (Penser, Dire, Ecrire-Février 2017). Ces adeptes du slogan, du mot facile, ne prennent plus en considération leurs interlocuteurs qu’ils abrutissent en leur assénant des discours vides de sens. Les jugeraient-ils incapables de déchiffrer une idée ou de comprendre une problématique pour se dispenser ainsi de discours construits et élaborés ?

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vous avez dit victime ?

Depuis son émergence, dans les années 1990/2000, le terme de pervers narcissique fait florès. Il est entré dans le langage courant, à tel point que cette épidémie est suspecte. Notre société ultra libérale et individualiste se caractérise par une inflation des pathologies narcissiques. Nous sommes passés d’un légitime souci de soi à une obsession de soi.

Le pervers narcissique est le nom du sujet contemporain obsédé de lui-même et pour qui l’autre n’est qu’un moyen pour arriver à une satisfaction de toute-puissance. Cette obsession narcissique se traduit par une objectivation de l’autre, une déshumanisation des liens. Il faut bien convenir que le contexte sociétal l’y invite. La mise en concurrence qui commence dès l’école pour certains, qui se poursuit dans le cadre de la recherche d’un emploi, qui persiste dans le monde du travail a des effets féroces sur le narcissisme de chacun. Non qu’il se renforce, tout au contraire : à force d’obsessions, de contraintes imposées sur le corps, l’esprit, le narcissisme se fragilise car jamais le sujet ne se sent à la hauteur de ce qu’il lui est imposé. Ce n’est plus un hyper narcissique mais un « hypo »narcissique.

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Pour qu’un texte soit lu, il se doit d’être lisible, cela les auteurs le savent. Dans un blog «joyeusement propulsé par wordpress» -pour pasticher la formule consacrée- un article doit répondre à des critères de lisibilité ; et ces critères sont fixés par les algorithmes du logiciel et du réseau. La lisibilité n’est plus seulement une affaire d’écriture et d’auteur, mais une affaire de marketing, de business et de lois informatiques.

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Rodin, le penseur – Musée Rodin

Ce diktat de l’un des géants de l’internet nous interroge : nos écrits, nos textes, devraient donc être conçus dans une logique de consommation au même titre qu’une machine à laver, une croisière sous les tropiques ou un placement bancaire ! Ils devraient être écrits selon une langue calibrée et formatée, une langue qui uniformise et qui perd ses nuances.

Déjà le plus grand de l’internet impose sa langue, à partir d’un anglais réduit à un nombre compté de mots, d’expressions et de formules, duquel nuances et subtilités sont exclues, une langue qui serait universellement comprise.

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