Un Psy dans la ville
Unpsydanslaville

Penser, Dire, Ecrire.

Pour qu’un texte soit lu, il se doit d’être lisible, cela les auteurs le savent. Dans un blog «joyeusement propulsé par wordpress» -pour pasticher la formule consacrée- un article doit répondre à des critères de lisibilité ; et ces critères sont fixés par les algorithmes du logiciel et du réseau. La lisibilité n’est plus seulement une affaire d’écriture et d’auteur, mais une affaire de marketing, de business et de lois informatiques.

penser
Rodin, le penseur – Musée Rodin

Ce diktat de l’un des géants de l’internet nous interroge : nos écrits, nos textes, devraient donc être conçus dans une logique de consommation au même titre qu’une machine à laver, une croisière sous les tropiques ou un placement bancaire ! Ils devraient être écrits selon une langue calibrée et formatée, une langue qui uniformise et qui perd ses nuances.

Déjà le plus grand de l’internet impose sa langue, à partir d’un anglais réduit à un nombre compté de mots, d’expressions et de formules, duquel nuances et subtilités sont exclues, une langue qui serait universellement comprise.

L’idée d’un langage universel n’est pas nouvelle, mais ce langage de l’internet n’est pas une langue pour dire, ni pour échanger ou interagir. C’est une langue qui dicte, qui fonctionne sur la base du slogan, et, en réduisant les nuances, elle réduit les champs de l’expression. C’est une langue qui, par le simplisme de son vocabulaire, délivre des idées toutes faites, les lieux communs, ceux que ses concepteurs veulent diffuser.

Quand la langue se vide de mots, la pensée s’appauvrit ; les idées se résument à des slogans, les slogans servent d’idées. Quand elles ont été utilisées et ont rempli leur fonction, elles sont jetées comme de vieux kleenex. Elles seront remplacées par d’autres qui seront en fait les mêmes, et cette répétition va à l’encontre d’une mobilité de l’esprit.

Les mots et leur agencement dans des phrases servent de relais au travail de la pensée, lequel a besoin de cette structure langagière, spécifiquement humaine, pour se dire et progresser. L’échange, la parole, le partage des pensées entre humains, enrichissent celle des uns et des autres. Et ce processus tire toute sa force de l’abondance du vocabulaire, de la multiplicité des sens, et contre-sens, de la langue.

Laisser place au surgissement de la pensée et dire, avec le recours du langage, la chose qui s’est formée en nous est un mouvement qui peut avoir des effets libérateurs ; cela une personne en analyse en fait l’expérience.

La grande qualité du langage est de nous donner le pouvoir de dire, dire ce qui est, ce qui n’a pas été, ce qui pourrait être… Et ce dire est à envisager comme un acte, un acte de pensée, le propre même de l’humain. Alors, un langage récupéré et dévoyé par des machines, menacerait-il l’humain dans son essence d’homme, en le dépossédant de sa capacité à penser ?

L’écrire est un dire. Malgré ses recommandations et ses dogmes, ce réseau offre une formidable opportunité d’écriture et de partage de nos idées et de nos pensées. Et ce, sans renoncer à la richesse de la langue, car écrire un texte court et simple oblige à la concision et à la précision de la pensée : simplicité n’est pas simplisme. Un tweet de 144 mots n’a pas unique vocation à être bêtifiant et débile, il peut être aussi l’ultime refuge d’une pensée aboutie, qui trouve sa forme dans l’épure de l’écrit. Il est en notre pouvoir -peut-être même est-il de notre devoir- de maintenir nos dires et nos écrires, comme une forme de résistance, tellement humaine.

Les textes postés sur unpsydanslaville ne sont jamais « lisibles » à la manière wordpress : le système les sanctionne de tous ses points rouges possibles. Nous espérons, chers lecteurs, que vous n’en tiendrez pas rigueur à leurs auteurs.

Marie-pierre Sicard Devillard

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