Un Psy dans la ville
Unpsydanslaville

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Le blog unpsydanslaville est le projet de deux psychanalystes qui souhaitent partager auprès d’un large public, une dimension actuelle et vivante de la psychanalyse.

En nous saisissant d’interrogations soulevées par les évolutions du monde contemporain, au travers de faits sociaux, culturels, politiques… et en prenant appui sur nos corpus et nos pratiques, nous publions des textes qui se veulent le reflet de ce processus d’écoute spécifique à la psychanalyse. 


Temporalité

Le confinement a bousculé le rapport au temps. Qu’est-ce que deux mois dans une vie entière ? Si peu de temps en fait, mais ces deux mois là s’inscrivent de façon différente dans la chronologie habituelle. Ils pèsent !

Le caractère inédit de cette période, la soudaineté avec laquelle elle s’est imposée, a été imposée, l’effet de surprise engendré, ont déjà et continueront d’avoir des retentissements sur la vie collective et sur la vie psychique. A ce temps d’arrêt succède le temps de vacances, temps suspendu habituel, connu, mais dont la venue dans cette temporalité particulière, bouscule une large part de nos repères.

Le travail du psychanalyste, celui qu’il accompagne dans chaque cure de chaque patient, a maille à partir avec la temporalité, car il a à voir avec l’histoire. Une cure se situe toujours dans cet espace du présent en rapport avec le passé et l’avenir, elle vise, à (re)construire l’histoire singulière de l’analysant, afin de reconstituer une trame solide et pérenne qui lui donne ancrage et sécurité. Un peu comme un tisserand qui, sur son métier à tisser, retendrait les fils de sa toile avant que de pouvoir y broder des motifs.

Le confinement a-t-il causé des trous dans la trame ? Petits trous de mite comme ceux que l’on découvre à la fin d’un été, ou béances plus larges, de l’ordre de celles que causent les traumatismes ? Ces réponses viendront plus tard. Pour l’instant la période en est à remettre en marche le métier à tisser. C’est à cela que les psychanalystes se sont affairés dans l’entre-deux de ces deux temps d’arrêt. Après le confinement, avant les vacances : réinstaller les conditions de l’analyse. En commençant par eux-mêmes qui ont, pour leur grande majorité, bricolé un dispositif analytique « à distance » en recourant à l’usage du téléphone ou d’outils vidéo. S’y remettre n’allait pas de soi car la résistance, processus bien connu, à l’œuvre à chaque retour de vacances, voire de week-end, était elle aussi inédite, éclectique, et de large ampleur. Patient et analyste se sont retrouvés pris dans les mêmes conditions de suspension et de reprise, de confinement et de déconfinement, de résistance et de mouvement.

La subtilité de la remise en marche des cures, la nécessaire attention à leur singularité et spécificité selon chaque patient, associés à une forme de fatigue psychique inédite, sont des vécus partagés par nombre de collègues. Il semble aussi que nous ayons réussi à réinstaller nos cabinets, pas seulement en y insérant des protections sur nos divans, mais en réinstallant les conditions du travail psychique. Pas tout à fait comme avant cependant, quelque chose est changé, sans que l’on sache vraiment ce qui est modifié. Un je-ne-sais-quoi, infinitésimal et fondamental, qui concerne avant tout le psychanalyste, la psychanalyse, parce que l’histoire collective est modifiée en même temps que l’histoire individuelle de chaque analyste comme de chaque analysant.

C’est ce que nous découvrirons au fil du temps. Après les vacances !

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A l’orée…

La France se déconfine… en partie. L’espace et le temps se décontractent..; Nous respirons, les visages sont enjoués, malgré le masque on devine des sourires.

Pourtant, l’intranquilité reste présente, comme une rumeur intérieure qui ronge, une inquiétude qui persiste. Dans les premiers temps du confinement, le temps s’est suspendu. L’interruption brutale, immédiate et sans préparation de toutes nos activités a saisi chacun là où il en était du cours de sa vie. Cela a pu procurer pour certains un apaisement soudain, la fin de relations sociales obligées, parfois toxiques, et un retour salutaire à l’essentiel. Pour d’autres, la clôture et l’enfermement, agissent comme des traumatismes en creux, l’absence d’extériorité a au contraire provoqué une sensation de rétrécissement de la vie. Pour tant d’autres, muets, silencieux, dont les conditions matérielles d’existence sont précaires, le confinement s’est avéré dramatique.

Mais pour tous ceux qui ont pu mettre à profit cette période pour commencer à penser ce qui arrive et mettre en œuvre une ébauche d’élaboration, s’est subrepticement glissé l’espoir d’un «monde d’après» qui ne pourrait être que différent. Car la conscience que le «monde d’avant» ne peut plus durer semble partagée par le plus grand nombre, et le virus est apparu comme un avertissement à notre «Hubris» : nous ne pouvions plus vivre dans cette course folle au profit, dans cet accroissement constant des inégalités, tel un bolide dévalant la pente à toute vitesse et que l’on ne peut arrêter.

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Le sens de la parole

Dans l’espace public et médiatique, particulièrement ces derniers mois, nous avons entendu des paroles contradictoires, des propos parfois excessifs, parfois mensongers, souvent émotifs, inconséquents et non réfléchis qui prennent le pas sur les paroles mesurées, les propos argumentés et explicatifs. On entend très fort ce qui fait du bruit, et pas forcément du sens. Ce qui se chuchote, se murmure ou se glisse dans les silences et les non-dits de la parole, devient particulièrement inaudible.

Nous avions écrit dans ce blog, il y a exactement deux ans, notre inquiétude que « l’espace public se vide d’une parole pleine adossée à une réflexion et une pensée » . Or, si on n’explique pas, si on se dispense de paroles circonstanciées et nuancées, le risque est d’entraîner pour les interlocuteurs incompréhension et anxiété. Comme le soulignait un internaute dans son fil Facebook ces dernières semaines «comprendre c’est déjà désobéir», et maintenir de l’ignorance n’est ni plus ni moins qu’une forme de contrôle.

Parler fait résistance et fait lien, c’est même ce qui fonde notre société.

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Avis aux lecteurs

Par éthique, nous ne répondrons pas, par le biais de ce blog, aux questions touchant à des problématiques personnelles.