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Vivre en poésie en attendant Bojangles

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Vivre avec la poésie, c’est s’émouvoir d’un paysage, de l’éclosion d’une fleur, d’un chant d’oiseau, d’un souffle de vent, de la course d’un ruisseau, du rire d’un enfant ; Dire, Écrire, penser, mettre délicatement ou rageusement en mots ces surgissements du quotidien. Les mots ont cette fonction d’approcher au plus près le subtil, l’insaisissable de l’instant, d’arrêter une sensation. Avec les mots, nous nous approchons de quelque chose qui tout en même temps nous échappe à l’instant même ; parce que le mot fige la sensation. Mettre en mots le vécu, le ressenti, c’est aussi irrémédiablement y mettre une distance, l’appauvrir en le définissant, et laisser s’échapper ce que la poésie a d’insaisissable.

Car la poésie n’est qu’œuvre de mots.

On peut être d’humeur poétique, avoir l’âme poétique, faire de la poésie, mais existe-t-il une forme de vie poétique ? Une façon, non pas d’approcher la poésie par les mots, mais d’y être par les actes. Est-il possible d’y être ? d’être « en » poésie, de vivre « en » poésie ?

« En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut est un voyage aux côtés d’un couple et de leur enfant qui ont fait de leur vie un territoire de poésie. C’est un pays où le temps s’écoule à l’heure du plaisir, où le rire sillonne les plaines, où les montagnes sont faites de douceur et de fantaisies, où la vie pétille. Chaque instant de la vie quotidienne, de la vie intime, chaque rencontre d’un autre, chaque amitié est une évidence poétique. Ce couple fusionne dans une alchimie rare où la vie s’aborde en convoquant tout à la fois l’inspiration de l’artiste, l’audace du comédien, l’insouciance de l’enfant, l’extravagance et la malice du clown, la légèreté du rêveur, la délicatesse du jardinier. Ils parviennent à un équilibre merveilleux, presque magique, et tellement fragile. Mais quel équilibre n’est pas fragile lorsqu’il s’agit de la vie ? Le secret du merveilleux se cache dans la folie maternelle qui parvient à s’appuyer pour se déployer de façon heureuse sur les moustaches du père. La folie maternelle est contenue par l’extravagance du père et la fraîcheur du fils, jusqu’à un certain point…

La folie est toujours douloureuse, parfois dramatique, mais elle peut être aussi, comme l’illustre parfaitement ce roman, ce qui permet d’entrer en poésie, d’y vivre, de se déployer sur des territoires inexplorables autrement, ceux où les mots n’ont pas pour fonction de mettre à distance, mais de rencontrer une forme de liberté, aux bords de la déraison, aux frontières de la vie et de notre humanité.

Sandra Hueber

Olivier Bourdeaut- En attendant Bojangles – Editions Finitude, 2015

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