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Un Psy dans la ville
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Colère

L’agression meurtrière de passants par un homme qui se réclamait de l’Etat Islamique déclenche, comme souvent après des actes de cette nature, un fatras de réactions dont l’indigence de certaines nous met très en colère.

Le tollé fonce sur la psychiatrie, au motif que le meurtrier avait été pris en charge, dans son histoire,  par des services psychiatriques. Quel amalgame ! La psychiatrie n’a pas vocation à soigner les idéologies. Décréter que l’islamisme est une pathologie mentale relevant de soins psychiatriques ? Trop facile ! Une manière de se mettre la tête sous l’oreiller et de ne pas voir ce que la société fait de brutal à certains, qui se réfugient dans les idéologies !

Accuser LA psychiatrie de « ratage », comme si la psychiatrie devait réussir ou rater, mais réussir ou rater quoi ? un examen ? un concours ? une mise au pas ? une normalisation ? La psychiatrie offre du soin, un type particulier de soin, le soin psychique, car elle s’adresse à des personnes en souffrance psychopathologique, une souffrance multiforme, qui touche à l’inconscient, à ce que l’on ne voit pas, ne connait pas. Alors, nécessairement, parfois ça rate. La mère de cet homme a alerté, elle n’a pas été entendue, là est le ratage. Il s’agissait de proposer une prise en charge rapide, pas forcément une hospitalisation car les hôpitaux psychiatriques ne sont pas les seuls interlocuteurs engagés dans ce travail. De même que proposer comme remède des injonctions de soin n’est qu’une illusion car nous savons bien que peu se saisissent d’un lieu lorsqu’il est obligatoire, ce ne seront que des mots lancés pour ne pas dire ce qui est essentiel.Le désengagement d’une idéologie telle que celle de l’Etat Islamique est possible à la condition d’un travail coordonné entre les différents acteurs : psy bien sûr, éducateur, médiateur religieux et force de police ou de renseignement.

Entendre une nouvelle fois que l’engagement dans l’idéologie islamique est une question psychopathologique est une nouvelle fois ne rien vouloir savoir de son aspect protéiforme.

Il est le signe d’un malaise civilisationnel qui va bien au-delà de ce à quoi on veut le restreindre. Non ce n’est pas un choc des civilisations, non ce n’est pas l’Islam et les musulmans qui sont en cause.

Des attentants ont été déjoués très récemment : il s’agissait de garçons ayant à peine 14 ans !

Quand allons-nous proposer une société désirable ? Quant au passage à l’acte, il n’est pas toujours le signe d’une pathologie psychiatrique. Et il n’est pas souvent repérable à l’avance.

Ce que l’on ne veut pas voir justement, c’est la folie, la part de folie, le caché, le non contrôlé et le non contrôlable, l’irraisonné, qui existe en chacun de nous. Car comme le disait le psychiatre François Tosquelles : « Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparait. » Restons humains … et fous… nous risquons d’être moins haineux…

Béatrice Dulck et Marie-pierre Sicard Devillard

psychiatrie, radicalisation

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