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Un Psy dans la ville
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Ambivalence

Les révélations  de situations d’emprise, d’abus sexuels, de viols, vécus pendant l’adolescence, que font aujourd’hui de nombreuses femmes, nous interrogent. Elles interrogent le et la psychanalyste sur l’ambivalence des désirs et des sentiments qui se manifeste à l’adolescence.

A quoi rêvaient ces jeunes filles lorsqu’elles se sont laissées prendre aux pièges tendus par des hommes beaucoup plus âgés qu’elles ? Des hommes qui ne se sont pas empêchés de jouer avec leurs rêves, leurs fragilités, l’ambivalence de leurs désirs, pour satisfaire à leur propre jouissance. Etre le pygmalion et jouir d’être un initiateur, un artisan de la transformation d’une jeune fille en femme, voilà qui les grisait dans leur toute-puissance et … leur perversité. Certaines s’y sont laissées prendre, d’autres non.

Pour celles qui ont repoussé les avances de ces hommes, on peut faire l’hypothèse qu’une barrière solide s’est interposée entre elles et leur prédateurs. Dans les récits que l’on écoute, ou que l’on lit, on entend universellement le malaise. La situation de l’adulte qui séduit une (ou un) adolescent(e) est toujours vécue comme bizarre, inquiétante, quelque chose cloche tant du côté du comportement de l’adulte que de celui de l’enfant. La jeune fille, le jeune homme, sont troublés par des émotions, des sentiments dont la nature leur échappe. Il faut s’en méfier en même temps qu’ils les attirent. Ce qui crée le malaise, c’est la reconnaissance, intériorisée, de la nature illicite de la situation, dont le caractère est incestueux.

La barrière que constitue l’interdit de l’inceste devrait se dresser de façon infranchissable dans toutes les situations. Ce n’est pas le cas. Nous faisons l’hypothèse que les mères jouent un rôle dans l’éprouvé de la solidité de la barrière. Plus particulièrement, quand ces mères sont des femmes qui ont vécu Mai 68, se sont battues pour leurs droits civiques et sociaux, ont exploré la libération de la sexualité, n’ont pas fait peser sur leurs enfants, en particulier  leurs filles, les contraintes qui ont pesé sur elles. 

Des autrices comme Virginie Linhart, Camille Kouchner, Vanessa Springora, ont écrit sur « le danger que faisait vivre aux enfants l’extrême sexualisation des adultes » dans le milieu des anciens militants de mai 68. Petites filles, elles pouvaient adorer la liberté et la vitalité de leurs mères, tout en se sentant très gênées par leur impudeur, en particulier sur le plan de la sexualité. Les jeunes enfants sont pudiques, les relations sexuelles ne sont pas d’actualité à leur âge. A l’adolescence, du fait des transformations corporelles de la puberté, le corps accède à sa pleine dimension sexuée, et le désir se révèle dans toute sa puissance, à la fois créatrice mais aussi inquiétante. Cette ambivalence est difficile à vivre, elle implique une négociation entre le désir de l’émancipation, de bruler les étapes vers l’expérience de la sexualité adulte, et l’obéissance aux interdits, ou simplement le déni du mouvement de transformation.

L’adolescent(e) qui ne trouve pas, auprès des adultes de son entourage, le repère indispensable pour faire face aux émotions nouvelles qui l’assaillent, peut se mettre en danger, danger d’emprise en particulier.

Nous devons aujourd’hui comprendre les effets pervers de la « libération sexuelle » des années 1970, effets qui peuvent aller jusqu’au rejet de la sexualité.

Marie-pierre Sicard Devillard

adolescence, ambivalence, inceste

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