Un Psy dans la ville
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Féminin

Un jour férié de ce mois de mai, les Femen mènent une action surprise en plein cœur de Paris pour rappeler que des femmes meurent assassinées, au seul motif d’être nées femmes.

Aux lendemains de #me-too, un spectacle à la Comédie Française vient nous rappeler à juste titre une époque, celles de nos adolescences, où avorter était un crime, et qu’enfreindre cette loi était passible de peines de prison. Alors que tout laissait croire que cette époque était résolument derrière nous, voilà l’avortement de nouveau interdit par des lois machistes et rétrogrades dans plusieurs états américains ! Les combats qui libérèrent il y a à peine 50 ans les femmes du joug patriarcal, pourraient bien être de nouveau d’actualité…

La pièce de Pauline Bureau « Hors la loi », écrite à partir des minutes du procès de Bobigny, dernier procès ayant condamné en 1972 et en France des femmes pour faits d’avortement, met en scène l’intimité bafouée, la vie gâchée, de toutes ces jeunes filles, jeunes femmes, qui n’avaient d’autre choix que de se résigner à une naissance non désirée, et à subir des lois décidées par les hommes. Le droit de vote avait été accordé aux femmes seulement 17 ans auparavant, à peine une génération !

Pauline Bureau raconte dans une interview, qu’elle ne s’était pas rendue compte de la place réelle des femmes dans la société jusqu’à ce qu’elle saisisse intimement à 12 ans, à l’occasion du spectacle d’Ariane Mnouchkine « les Atrides », la profonde différence entre les sexes. Elle comprend que l’égalité prônée par notre société moderne et occidentale, n’est pas une réalité subjective pour elle.

Il s’agit là d’un nouveau « féminisme ». Un féminisme qui passe moins par la revendication de droits et de conquêtes que par l’affirmation d’une différence, différence qui doit être reconnue par les femmes elles-mêmes et portée par leur parole.

Cinquante ans après mai 68, notre société semble toujours très rétive à reconnaître aux femmes une place. Il s’agit d’une question de société mais surtout d’une question intime qui interroge les femmes elles-mêmes. Faire un pas de côté subjectif pour se dégager des discours ambiants et se poser à soi-même cette question fondatrice : qu’est ce une femme ? La réponse sera subjective et singulière. La poser permet de se détacher du discours et peut-être de l’illusion que les femmes ont socialement la même place que les hommes, ou qu’elles seraient « comme » les hommes.

L’égalité des droits n’est pas une identité de droits. Des tentations de ne plus reconnaître des droits et des choix spécifiques aux femmes se font jour, comme celui de l’avortement, dont l’injonction à la maternité constitue le revers pervers, passant par la revendication de grossesses pour toutes, par delà les limites du réel. Sur les sites de rencontre, essentiellement conçus par des hommes, les femmes n’ont pas l’avantage. Comme dans n’importe quel lieu de la société, elles sont soumises plus que les hommes aux déterminants sociaux, aux systématisations de genre, de classe. Elles se font avoir davantage que les hommes par des marchands d’illusions qui ne perdent jamais de vue leur impératif mercantile.

La parole spécifiquement féminine reste peu audible, nombre de signes en attestent encore. Il n’est pas facile pour une femme de reconnaître le féminin en elle, de s’interroger sur sa propre identité de femme. Nous l’entendons chez nos analysantes, car nous entendons ce qui ne sait pas, ou ne peut pas, se dire, même au bout de plusieurs années d’analyse : qu’un être humain est sexué, que des deux sexes qui constituent l’humanité, l’un est visible, l’autre non. Cela saute aux yeux des petits enfants, dans les classes de l’école maternelle, et cela fait toute la différence. C’est la négation de cette évidence qui empêche des paroles singulières, sexuées, d’émerger et de prendre leur part au discours social. L’ignorance est bien la complice de l’obscurantisme.

Béatrice Dulck et Marie-pierre Sicard Devillard

 

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