Un Psy dans la ville
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Estime de Soi

Mais qui est donc ce Soi en demande d’estime ?

S’agissant de s’estimer soi-même, ou d’estimer son soi, l’estime de soi a quelque chose à voir avec l’amour pour sa propre personne, ce que l’on nomme en psychanalyse le narcissisme. Mais voilà, l’estime de soi, vulgarisée à l’excès, perd son ancrage conceptuel.

Le narcissisme est une composante de la nature humaine : c’est une énergie, vitale et sexuelle, la libido. Cette part d’énergie, investie sur la personne même, sur son Moi, est nécessaire à la vie, au même titre que l’autre part de la libido, celle qui va se diriger vers des « objets » extérieurs. Nous sommes bien loin d’un amour, ou d’une estime, conscients, de soi.

Au décours d’une psychanalyse il est tout à fait possible de rencontrer un sujet présentant une hyper estime de soi, qui cache néanmoins un narcissisme pauvre ou appauvri, et donc un conflit intérieur très énergivore. Les évidences ne sont pas toujours à prendre comme des vérités.

Le Soi dont il s’agit dans ce langage propre au développement personnel et aux nouvelles formes de management des entreprises, n’a par ailleurs que peu à voir avec le concept de Self dont parle la littérature psychanalytique. Développé par le psychanalyste anglais D.W. Winnicott le Self est le sentiment qu’a la personne d’exister. Mais là encore, fidèle à Freud, ce qui caractérise le Self Winnicottien est avant tout sa dimension inconsciente, son inaccessibilité à la volonté et à l’objectivité.

A cet égard agir sur le Soi est une gageure. Tout au plus la cure analytique, de par ses effets de remaniement de l’organisation psychique, pourra indirectement entrainer la réparation de l’image de Soi, d’un Self endommagé.

Rappelons ici que l’objet d’une psychanalyse n’est pas l’atteinte du bonheur, notion philosophique qui a son propre intérêt, mais l’atteinte d’un équilibre psychique. Cet équilibre est toujours singulier et subjectif, et ne coïncide pas forcément avec les injonctions contemporaines. Cela ne veut pas dire qu’une personne analysée ne connaît pas le bonheur, mais qu’elle sait que le bonheur n’est pas une fin en soi.

L’injonction au bonheur laisse paradoxalement les gens malheureux et insatisfaits.

Le plus souvent l’estime de soi est entendue du côté d’un déficit ; en partant du déficit, il le pas est vite franchi pour tomber dans la défaillance, voire la faute ! Car, envisagé comme un réservoir inépuisable d’énergie et de potentialité, tout individu devrait savoir se développer, gagner en puissance, réagir à toute situation difficile, et être constamment heureux de son action et de son potentiel.

Or, ce que laissent accroire les techniques de développement personnel et de réparation de l’estime de soi est que la volonté va changer le Soi. Elle va le développer, comme s’il s’agissait d’une entité autonome, que l’on pourrait éduquer, modifier, réadapter, au gré de ses envies et de ses besoins.
Il nous semble que, dans cette acceptation-là, Soi et Moi ne feraient qu’un, et que la dimension inconsciente de l’un comme de l’autre n’est pas de mise.

Dans une société qui va en refusant l’inconscient tel que Freud l’a décrit, c’est-à-dire dans sa dimension conflictuelle et dynamique, place est faite à cette toute puissance de Soi, à la confusion entre individu et sujet, à l’oubli de l’ambivalence fondamentale de l’être humain, aux prises avec la dualité de sa nature, en équilibre entre l’amour et la haine.

La course vers le « toujours plus » relève d’une quête impossible, de la nostalgie du passé, accepter notre incomplétude et notre impuissance est un chemin difficile. Face aux messages performatifs et consommateurs, ces vérités humaines dérangent. Cependant l’énergie vitale dont les humains sont pourvus les pousse à inventer, créer, sublimer, et surtout, vivre !!! C’est déjà beaucoup !

 

Béatrice Dulck et Marie-pierre Sicard Devillard

 

narcissisme, Soi

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