Un Psy dans la ville
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Coup de chaud

L’été a été chaud, nous n’avons cessé de l’entendre dire, l’été le plus chaud jamais enregistré sur notre planète et ce message alarmiste prend des allures de catastrophe annoncée, voire de fin du monde, à l’instar de cette série d’articles dans le journal Le Monde de l’été : « vivre avec la fin du monde ».

Notre monde va-t-il disparaitre ? indéniablement. Cependant une disparition totale et brutale semble n’être que fantasme, matière à effroi, alors qu’une disparition progressive mais incontournable du monde tel que nous l’avons connu est à l’oeuvre. Elle nous confronte à des peurs archaïques tout en exigeant de nous d’apprendre de nouveaux comportements.

En s’appuyant sur le texte du psychanalyste D.W. Winnicott, « la crainte de l’effondrement », nous pouvons supposer que les peurs engendrées par les discours sur la détérioration de la planète et les conséquences catastrophiques annoncées, rejoignent nos peurs archaïques et inconscientes. La peur de perdre, la peur de voir s’effondrer notre environnement, seraient, pour Winnicott, des peurs inhérentes à tout être humain, des menaces qui, dès les premiers instants de vie, pèsent sur l’individu. En effet, sitôt quitté l’environnement utérin protecteur, le petit humain est précipité dans la croissance obligée vers l’autonomie et l’indépendance, alors même que son organisme est immature et dépendant de son environnement. Dès lors la nécessité d’affronter ces craintes et de faire avec la peur de perdre se fait présente : il faut vivre avec !

L’annonce des risques pour notre environnement ne revient-elle pas se nicher à l’endroit même de nos peurs inconscientes ? Et, selon la manière dont nous avons résolu la difficulté à nous constituer une sécurité interne, nous réagirons différemment. La teneur même des messages d’alerte semble elle aussi relever d’une négociation plus ou moins réussie avec les peurs psychiques.

La détérioration du climat et des éco-systèmes représente un risque réel pour l’environnement et la vie humaine. Mais la profusion d’informations, parfois contradictoires, la disparité des discours, l’incertitude des pronostics, sèment trouble et confusion. En réponse à une promesse de cataclysme inéluctable, face auquel nous ne pourrons rien, que faire, sinon rester figé dans l’attente qu’advienne le pire, ou se réfugier dans le déni et continuer comme si de rien n’était et advienne que pourra. L’incertitude vient faire appel à l’angoisse inconsciente face à laquelle aucune attitude n’est possible, car elle touche à de l’irreprésentable.

Le mouvement, la croissance et l’action semblent les seules attitudes pérennes. Cependant elles ne peuvent se concevoir que dans le collectif. C’est en mettant du lien, en sortant de l’individualisme, que nous pouvons faire taire des peurs qui paralysent. Comme le très jeune enfant qui fait progressivement l’apprentissage de la socialisation apprivoise la menace de n’être rien sans sa famille, et parvient à progresser sur la voie de l’autonomie.

La voie médiane face au risque de catastrophes écologiques sera celle de la solidarité et de l’alliance. S’y engager suppose de (re)construire un environnement relationnel sécure qui offre un soutien psychique, à l’instar de celui que Winnicott a formulé à travers son concept de holding. Lorsque les liens aux autres sont apaisés et solides, ce qui passe par le fait de se parler, il est beaucoup plus aisé d’agir de façon collective et adéquate pour la sauvegarde de notre environnement physique . La psychanalyse peut tout à fait accompagner cette manière de penser la relation à l’environnement, à soi-même et aux autres.

Marie-pierre Sicard Devillard

 

Commentaires (2)

  • Bonjour Madame Sicard-Devillard, Je vous exprime mon plaisir reconduit régulièrement depuis l’année dernière à la lecture de vos écrits ancrés dans notre contexte et avec un éclairage roboratif. En tant que coach, j’y trouve de la richesse à penser. Merci.
    Cordiales salutations

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