Un Psy dans la ville
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Mots de haine

Nous pouvons constater l’utilisation très fréquente de mots injurieux, haineux dans le langage courant, parfois accompagnés lorsque le message est écrit, d’un acronyme modérant le propos comme LOL ou MDR.

L’utilisation de mots, la création d’un nouveau vocabulaire dit quelque chose d’une époque.

Vincent Cassel dans « la haine » de Matthieu Kassovitz

Nous devrions nous méfier de la force des mots, du langage que nous utilisons. L’appauvrissement du vocabulaire à notre disposition appauvrit la pensée. L’utilisation courante d’un vocabulaire haineux, violent, sans nuances est le signe avant coureur d’un agir violent. La haine est un affect constitutif de l’être humain au même titre que l’amour mais succombe à un refoulement : c’est-à-dire une sorte d’oubli psychique consécutif du sentiment de culpabilité engendré par les conséquences prévisibles de la haine. La haine mise en mots est un signe d’une levée de ce refoulement.

Qu’est ce que la levée du refoulement ? C’est ce mouvement psychique permettant que parviennent à la conscience des pensées jusque là enfouies du fait du sentiment de culpabilité.

Celui ci est une bonne boussole de l’état de notre capacité à vivre ensemble.

C’est lui qui nous empêche de nous entre-tuer. Lorsque ce sentiment n’existe plus, alors l’agression de l’autre est autorisée ou banalisée, les mots haineux ressurgissent. Ils ressurgissent pour permettre l’action de haine.

Il est devenu courant dans les cours de récréation, sur les réseaux sociaux ou dans d’autres lieux publics que l’on s’invective avec une violence qui laisse sans voix. Tous les milieux sociaux sont touchés et tous les âges. L’injure, l’invective sont banalisées, elles semblent presque vidées de leur sens : raison pour laquelle ces mots de haine sont suivis d’un « mdr » voulant indiquer la distance prise avec la violence du mot.

Mais nous ne leurrons pas. Les mots véhiculent des représentations quelque soit le contexte dans lequel ils sont dits, même tempérés d’un MDR. Ils anticipent l’action à venir. L’excellent livre de Victor Klemperer « LTI la langue du Troisième Reich » nous le rappelle si nécessaire.

Victor Klemperer, philosophe Allemand et Juif, note dès l’arrivée des nazis au pouvoir, l’étrange changement dans le vocabulaire employé par tous. La lecture de ce livre est très instructive et nous invite à noter, nous aussi, l’étrange évolution des mots contemporains.

Certains finissent par nous embarrasser. Il suffit de voir le succès du mot « radicalisation » et la critique qui en est faite. Pourtant, il dit quelque chose de notre modernité. Ce n’est pas un pur hasard lorsqu’un mot est repris par une majorité.. c’est qu’il lui parle..de quelque chose que l’on ne peut dire autrement et comme le pensait Freud du rêve ou du délire, il contient un noyau de Vérité.

Béatrice Dulck

 

 

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Comment

  • Bravo bea, c’est bien effectivement aussi le problème d’une communication «virtuelle» basée sur le sms, post, et autres e-mails, où il est de bon «ton» d’être expéditif, d’omettre les formules de politesse, d’utiliser force d’acronymes et émoticônes plus ou moins signifiants, et surtout de répondre par réflexe plus sans recul. Cela ne créé t il pas une «sur» sensibilité dans les échanges, porteuse de malentendus voir de dramatisation de propos somme toute bénins?

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