Un Psy dans la ville
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En analyse, dans le temps de la séance, l’horizontalité du divan, se déploie une parole, se rassemblent les éléments d’une histoire, en adviennent d’autres jusqu’alors insoupçonnés, autant de souvenirs lointains qui affleurent à la mémoire et entrainent l’analysant à reconstituer la trame de son existence. Ainsi devient-il l’auteur d’un récit.

scène de théâtre
Odéon Théatre de l’Europe – Devillard

Mais d’un récit qui parle de qui ?

Inévitablement d’un certain nombre de personnes.

Parmi ces personnages, figures atemporelles, ou, au contraire éphémères, croisées au détour d’une situation, êtres d’importance variable, réels ou imaginés, fantasmés ou éprouvés, parmi ces silhouettes plus ou moins familières, il en est une qui occupera son récit plus que toute autre : son propre personnage.

Mais pour autant quel est ce personnage qui est moi et dont je parle en analyse ? S’agit-il de la personne que je suis actuellement, ou de cette autre que j’ai été, que je serais, que j’aurais pu être ? Personnage qui pourrait ne pas être tout à fait moi… ou personnage qui s’installe dans mon récit malgré moi, me destituant de la maîtrise du langage, venant parler par devers moi. Un personnage qui n’en ferait qu’à sa tête et ferait fi des directives de son metteur en scène.

Le récit de l’analysant demeure une fiction, une mise en scène d’une histoire et des faits qui l’ont marquée, au cours de laquelle un personnage principal, sous les traits de l’analysant à différents âges de la vie, tente de jouer tous les rôles. Au fil de l’avancée de la cure, la mise en scène varie, l’analysant / metteur en scène infléchit son discours, déforme son personnage, lui fait porter différents masques, le dévoile aussi dans son expression la plus authentique.

La cure analytique a pu être comparée à une scène de théâtre sur laquelle se joue des histoires de vie. Au théâtre les personnages prennent forme, prennent vie, existent par delà la pensée de l’auteur qui les a imaginés.

Pirandello a poussé la réflexion sur le théâtre -et sur la vie (?)- , jusqu’à créer des personnages abandonnés par leur auteur, condamnés à l’errance de scène en scène, à la recherche de l’auteur qui achèvera leur histoire. Le personnage pour exister a besoin d’être incarné, interprété par un acteur. Surgissant du néant, il apparaît en scène. Par les artifices de l’éclairage, de l’interprétation, de la scénographie, le voici qui existe vraiment.

Ces « personnages en quête d’auteur » ne connaitront d’achèvement que de venir eux-mêmes jouer leur drame, pour ensuite disparaître ; leur drame est de ceux qui font l’essence de la vie, et aucune scène n’est en mesure de le représenter. Ils redeviennent des errants de l’imaginaire.

Le personnage en analyse, de qui est-il la projection ? Serait-ce, à l’instar du théâtre de Pirandello, un des enjeux de la cure que de (re)trouver son auteur ? L’analyste tel un passeur fait qu’advienne un récit dans lequel le personnage de l’analysant trouve sa place et existe en ne jouant d’autre rôle que le sien. Alors l’analyse peut être envisagée.

Marie-pierre Sicard Devillard

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Commentaires (2)

  • encore merci Marie-Pierre pour ce texte magnifique !
    à chaque nouvelle lettre, je prends toujours le temps de la lire et de la relire tant les mots sont toujours choisis et justes ! Bravo !
    amitiés

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