Un Psy dans la ville
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Démocratie et féminin

La décision de la Cour Suprême américaine de supprimer le droit à l’avortement nous plonge, comme tant d’autres, autant dans la colère que dans l’effroi. Effroi face à la régression annoncée sur la place des femmes dans la société, que ce soit en Afghanistan, en Inde, maintenant aux USA, encore et encore les velléités de réduction du libre-arbitre des femmes, le contrôle sur leurs vies et leurs corps, persistent, voire se renforcent. L’humanité ne devrait-elle être organisée que selon cette modalité de domination de l’homme sur la femme ? Ne devrait-elle connaitre que l’ordre phallique, et patriarcal ? Quelques juges, essentiellement des hommes blancs, riches, vieux, investis d’une position de pouvoir arbitraire pour ne pas dire usurpée, nous rappellent malheureusement que cet ordre domine.

A propos de cette décision, un éditorialiste écrivait qu’elle était un signe de plus de l’affaissement de la démocratie aux USA, laquelle est mise à mal dans notre pays également. Les régimes autoritaires écrasent tout ce qui pourrait représenter le féminin et en premier lieu les femmes, alors que la démocratie occidentale contemporaine, dans la continuité du Siècle des Lumières et de la révolution française, favorise la représentation et l’expression des femmes.

Quand nous disons les femmes, nous devrions plutôt écrire, le féminin des femmes, cette autre polarité de l’humain, ouverture vers un ordonnancement qui n’est pas celui du patriarcat. Il est des femmes dans les gouvernements, essentiellement occidentaux, cependant bien trop nombreuses sont celles qui ne savent, ou ne peuvent, exercer que selon l’ordre dominant. Sinon mettraient-elles du désordre ? Car il s’agit justement de cela, désordonner cet ordonnancement du monde qui prive de son espace le féminin sous toutes ses formes.

La démocratie est un mouvement, ne peut survivre qu’en mouvement, mouvement à entretenir car le collectif est fragile, il faut en prendre soin, au quotidien : serait-ce un apanage du féminin ? Alors que les régimes autoritaires sont figés dans une posture virilisée ? A l’encontre d’un mouvement authentiquement collectif qui collecterait les besoins de tous les groupes humains, ces régimes autoritaires maintiennent les acquis et les prérogatives de quelques-uns, souvent des hommes « virils », à l’instar des juges de la Cour Suprême. Qui plus est, ces instances-là agissent au nom de Dieu … Un Dieu qui dirait la place des hommes et des femmes dans la société… La radicalisation religieuse n’est pas l’apanage de l’Islam… Une partie de l’Occident Chrétien se radicalise également en suivant les mêmes sillons : la question de la différence des genres, la sexualité sont une fois encore au cœur des radicalités… la libération des femmes fait -toujours- peur, et semble toujours menaçante pour une société que certains hommes croient toujours détenir en leur possession. Si le féminin trouve une place dans l’ordre phallique, cela ne veut pas dire que les hommes en sont éjectés mais tout au contraire qu’ils auront la possibilité d’exprimer leur part de féminin sans craindre que cela ne remette en cause leur virilité.

L’expérience analytique permet aux hommes et aux femmes de reconnaître cette part de féminin sans crainte et sans crispation sur ce que peut être la différence des sexes. La psychanalyse est subversive en cela qu’elle n’est pas une adaptation à une société de nature patriarcale, mais qu’elle permet de se questionner individuellement sur la part et la place que l’on prend dans l’ordre social.

Il est nécessaire de prendre garde aux inerties qui empêchent la création d’un collectif rassembleur de tous les représentants du monde, ainsi qu’aux peurs qui figent, surtout celles liées à ce gigantesque, vertigineux, changement du monde qui verrait la fin de l’ordre patriarcal. La démocratie est un mouvement collectif, qui fait la part à l’altérité, donc ne peut être que féminin ET masculin.

Béatrice Dulck et Marie-pierre Sicard Devillard

Illustration empruntée au dessinateur Plantu.

 

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