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La sublimation comme art de vivre

Si l’on n’y prête qu’une oreille distraite, sublimer renvoie à l’inaccessible, l’inatteignable, et il serait plutôt question de rêve et d’idéal que d’art de vivre au quotidien.

Et pourtant ! Du sublime, plus exactement de sublimation, la psychanalyse a quelque chose à en dire.

Fra Angelico – Annonciation – Musée San Marco, Florence

La sublimation est d’abord un terme de physicien, lequel désigne le passage d’un corps de l’état solide à l’état gazeux. En matière psychique, de quelle transformation peut-il être question ? De matérialité à immatérialité, justement. Car l’esprit humain est d’abord organique, plus exactement il s’origine dans de l’organique. S’il n’y avait pas de corps, il n’y aurait pas d’esprit.

Au début, dans le corps humain, il y a la pulsion, traduction psychanalytique du mot allemand trieb qui signifie au sens littéral « poussée ». Aussi la pulsion est ce qui nous pousse à vivre, c’est à la fois notre instinct de survie, notre énergie vitale, notre besoin d’aimer. Mais elle comporte son revers : l’agressivité, la destructivité, la haine. Au début de la vie d’un être humain différentes pulsions sont présentes, enchevêtrées, entremêlées : l’amour et la haine, la créativité et la destructivité, l’autoconservation et la mort. L’art de vivre consistera à les organiser pour trouver un équilibre et concilier ces tendances à première vue inconciliables. L’organisation des pulsions fait que l’esprit devient humain et que la vie humaine connaît un autre destin que celui des plantes et autres organismes vivants mais non pensants. Cependant concilier ces différentes pulsions s’avère une aventure complexe soumise à aléas et vicissitudes.

La sublimation en psychanalyse est un processus de transformation des pulsions, un mouvement organisateur du chaos pulsionnel dans lequel le petit d’homme se trouve plongé dès sa naissance. Pas facile d’être aux prises avec ces tendances contradictoires.

Pas facile non plus de se débrouiller avec cette catégorie de pulsions, non des moindres, que l’on nomme pulsions sexuelles. Car ces dernières se manifestent par des poussées majeures qui peuvent entraver la vie entière d’un sujet, le soumettre comme l’inhiber, lui procurer grandes joies, et/ou grandes souffrances.

C’est à cet endroit-là qu’intervient la sublimation, dans cette capacité de faire de l’énergie sexuelle autre chose qu’une simple affaire de sexe. Ce qui ne veut pas dire d’abandonner la sexualité, mais que puissent se déployer, à côté de l’activité sexuelle, d’autres formes d’activités. L’investissement dans les activités professionnelles, l’engagement dans toutes formes d’actions et de causes, la création et l’activité artistique, autant de champs non sexuels investis par une énergie vitale, issue des pulsions sexuelles, au terme d’un mouvement de sublimation.

Vivre serait sublimer, en passer obligatoirement par quelques renoncements pour goûter de plaisirs et de satisfactions transformés par l’esprit. Là serait le propre de l’homme, distinct de l’animal, pris dans le processus civilisateur qui lui donne prise sur le monde et le libère des pulsions originelles.

Alors art de vivre, certainement, dans un vivre quotidien ou un vivre au quotidien, à la fois pris dans le vivant organique originaire et sublimé dans les réalisations que lui confère son esprit de parole. Un destin bien humain.

Marie-pierre Sicard Devillard

 

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