Un Psy dans la ville
Unpsydanslaville

Rupture

corde qui se brise

« Unpsydanslaville » s’est déplacé en février à Fès (Maroc) pour participer à un colloque international et interdisciplinaire intitulé « les nouveaux territoires de l’identité et la fabrication du radicalisme ». Ont ainsi été réunis des psychanalystes, des anthropologues, des théologiens, des sociologues qui ont pu apporter une pierre à la refléxion collective.

La rencontre du malaise des adolescents avec le malaise contemporain se traduit par une volonté, un besoin de rupture radicale. La rencontre de ces deux malaises est favorisée par des techniques très sophistiquées et efficaces d’enbrigadement. Mais la tentation de la rupture est une question qui déborde celle du radicalisme.

La rupture est étymologiquement une cassure, une séparation en morceaux, la destruction d’un lien, d’un contrat. Elle est la conséquence de ce qui se produit lorsque la pensée n’est plus en mesure de réaliser une synthèse des stimuli qui l’assaillent et que les mots ne peuvent en donner la traduction. Elle prend la forme d’un passage à l’acte comme tentative d’échapper à un conflit, une tension extrême. Nous sommes aujourd’hui face à des manifestations diverses de rupture tant sur le plan collectif par des tentations politiques extrêmes, que sur le plan individuel par des passages à l’acte violents de sujets perdus.

La rupture est à l’opposé du but poursuivi par une cure analytique. Il ne s’agit pas de casser, de rompre mais tout au contraire de parvenir à lier ce qui ne l’est pas, à concevoir une synthèse. Il peut, il doit, y avoir des séparations mais non des ruptures. La psychanalyse est l’art des liens, de la liaison qui est du côté de la pulsion de vie, non des ruptures qui sont du côté de la pulsion de mort.

La rupture n’est donc pas la séparation. Se séparer suppose une action réfléchie, l’aboutissement d’un processus pensé ou d’une évidence qui surgit, d’un lien qui s’établit. La séparation se fait avec des mots qui traduisent la pensée. La rupture est un agir, un acte parfois violent. Elle est pulsionnelle. Les tentations de rupture sont souvent les conséquences d’une difficulté de penser une situation complexe. Cette complexité peut être intérieure, un mal être qui ne s’exprime pas parce qu’il ne se pense pas. Ne parviennent à la conscience que des impressions sensorielles de malaise. Le psychisme ne parvient pas à traiter la somme des informations et sensations complexes. Cette complexité est au premier plan du monde contemporain.  Se présentent alors des tentations de rupture alors même qu’elles ne  sont que l’expression d’un fantasme ou d’une illusion : rompre pour vivre une vie de héros, fut-il négatif, rompre pour l’avènement du paradis, rompre pour vivre autrement, rompre pour mourir.

Nous sommes face à des menaces de rupture. La psychanalyse fait partie des moyens dont l’être humain dispose pour comprendre son monde intérieur mais aussi le monde dans lequel il vit. Elle permet au sujet de penser, de se penser, de se panser. Elle se fonde sur une certaine idée de l’homme et de l’humanité, dans la droite ligne des idées des Lumières. C’est cette idée de l’homme qui se modifie sous nos yeux. L’exigence de notre métier oblige à accompagner ce changement tout en préservant l’essentiel de nos convictions concernant la nature humaine. Ainsi pourrons-nous encore longtemps accompagner nos patients qui se savent (même inconsciemment) mus par des ressorts qui leur échappent encore.

Béatrice Dulck

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  • Merci Béatrice il est vrai que la notion de rupture sonne un peu comme un point de non retour…l essentiel n est il pas alors dans une prévention efficace ?

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