Un Psy dans la ville
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Méditons !

Estatua de Buda en Filipinas

Le documentaire « vers un monde altruiste » diffusé sur Arte le 26 février 2016, est très instructif à plusieurs titres.

Il est composé de 2 parties : la première veut nous démontrer « scientifiquement » que l’homme est bon naturellement, il est doué d’empathie, d’altruisme et est plus coopératif qu’agressif.

La seconde partie montre qu’au travers de la méditation, nous pouvons retrouver ces qualités d’altruisme (que nous aurions donc perdues) et ainsi par contagion sauver le monde de son égoïsme actuel.

Il y a donc un changement de paradigme : l’homme n’est pas un loup pour l’homme. Il est doué d’altruisme à la naissance ou presque.

La référence à notre société ultralibérale est manifeste. Sont convoqués un ancien tradeur reconverti dans le social, Davos où la bonne parole est prêchée, des professeurs de la Harvard Bussiness School qui sont conquis par cette notion d’altruisme.

Tout ceci est très bien, alors pourquoi réagir dans un blog de psychanalystes ? Parce que, ce qui n’est pas dit clairement dans ce documentaire mais dit ailleurs, c’est qu’il est mis en opposition cette démarche spirituelle, qui se veut aussi être une démarche de soins laïque (pratiquée de plus en plus dans les hopitaux, par des praticiens) avec la psychanalyse.

Nous pourrions dire que l’homme n’est ni bon ni mauvais, il est bon et mauvais à la fois.

Peu importe de savoir s’il nait bon puis devient agressif, ou si c’est l’inverse qui se produit. Il est incontestablement capable du pire comme du meilleur.

Ce qui est proposé pour le salut du monde et pour les névrosés anxieux et dépressifs, c’est la méditation bouddhiste, qui est une spiritualité. La « pleine conscience » est la même technique de méditation mais elle se veut laïque.

Il est incontestable que l’exercice de la méditation, du yoga, ont des effets sur le bien être. Si nous pouvons remplacer l’utilisation massive et parfois excessive des anxiolitiques par ce type de pratique, c’est très bien.

Cela ne nécessite pas d’invalider d’autres théories. Railler et remettre en cause Freud, et la psychanalyse, parce qu’il affirme au contraire la puissance de la pulsion agressive (et de la pulsion de mort) n’est pas constructif. La théorie de Freud n’est pas une spiritualité, ni une religion. Elle n’est pas forcément en opposition, il est tout à fait possible, à l’issue d’une psychanalyse de conserver une spiritualité (Françoise Dolto, jusqu’à la fin de sa vie se revendiquait comme croyante, voir ses écrits « l’évangile au risque de la psychanalyse »).

Aucune théorie n’invalide l’autre et surtout la pratique de la méditation n’est pas à mettre sur le même plan qu’une démarche analytique.

La méditation, comme technique,  peut être d’un grand secours pour mieux vivre, ici et maintenant.

La psychanalyse permet de mieux vivre par une modification profonde de son rapport à soi, à l’autre et au monde en étant apaisé du passé et confiant dans l’avenir parce qu’elle est une méthode permettant la suppression des causes des symptômes. C’est ce que propose également le Bouddhisme en tant que voie spirituelle ( et  va au delà d’une pratique de la méditation).

La différence essentielle est que la psychanalyse travaille les ressorts inconscients et débusque ce qui nous meut à notre insu.

Il y a des ponts certains entre psychanalyse et Bouddhisme.

Travaillons ensemble, ou coexistons mais ne nous combattons pas…

A méditer…..

Béatrice Dulck

Commentaires (4)

  • Le livre de Mathieu Ricard « Plaidoyer pour l’altruisme » considère que Freud et la psychanalyse sont responsables d’un égocentrisme et égoïsme qui seraient caractéristiques de notre temps. J’ai trouvé qu’il fait même une attaque en règle contre la psychanalyse, qui ne fait pas avancer la réflexion.
    Je reste toujours étonnée par les penseurs qui font une critique qui consiste à jeter le bébé avec l’eau du bain.

  • Merci pour ce billet!
    Malheureusement, il existe d’autres oppositions absurdes qui sont faites, comme par exemple entre les différentes branches de la psychologie, comme entre neuropsychologie et psychanalyse. Tout ceci relayé allègrement par les universitaires en premier lieu! Alors que ces deux « branches » sont loin de s’exclure l’une et l’autre!

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