Un Psy dans la ville
Unpsydanslaville

La psychanalyse n’est pas adaptative

spip

La psychanalyse n’est pas adaptative

Quelle bonne idée de rappeler ou de nommer ce qui consiste à décharger les entreprises de leur responsabilité morale dans le mal être de leurs salariés, tel est le sujet d’un article du Monde du 24 janvier 2016.

Tout n’est pas psy, comme on pourrait dire tout n’est pas permis.

Le constat de la désorganisation, du cynisme, qui existe dans les entreprises n’est pas remis en cause. Mais l’inflation de termes comme « burn out », « pervers narcissiques », pour désigner, soit l’écrasement moral de certains, soit l’incurie agressive d’autres, permet d’éviter une remise en cause profonde des objectifs d’une entreprise.

Une entreprise, c’est à dire une collectivité humaine dirigée par quelques uns qui ont bien voulu s’associer pour créer une société, est aujourd’hui dévoyée par rapport à ses objectifs. Aujourd’hui l’entreprise n’est plus une collectivité humaine dont on doit trouver l’équilibre, social, financier, technique. L’entreprise n’est parfois que financière et n’a pas d’autres visées que de produire plus de résultats.

La place de la psychanalyse n’est pas dans les entreprises. Car « la psychanalyse est une tentative de libérer l’individu de la pesanteur des exigences de sa société actuelle parfois insensées et injustes tout en n’enfreignant pas les grandes loi de l’humanité » [1]

Nous sommes donc bien loin d’une orthopédie de l’individu, sujet qu’il faudrait entendre mais surtout convaincre de s’adapter.

La visée d’une cure analytique n’est donc pas adaptative mais libératoire. Cela peut passer par une acceptation des frustrations, par la fin de la croyance en une toute puissance infantile, mais non par une adaptation obligatoire à tous les credos d’une société donnée. Le génie de Freud a été d’entendre ses patientes hystériques qui ne s’accomodaient pas de la société conservatrice et machiste du XIXème siècle, même si lui-même était pris dans cette culture-là. Le travail du psychanalyste est d’écouter, sans être pris dans le discours de son époque.

La psychanalyse libère alors l’individu d’exigences parfois injustes pour lui-même, sans mettre en péril l’humanité. Elle n’a pas sa place dans un discours médiatique de bon aloi.

Béatrice Dulck

[1] Séminaire de Radmila Zygouris

Mots clés :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *