Un Psy dans la ville
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Penser

Un événement dramatique a souvent pour conséquence un empêchement de penser. Dans la légende antique, la figure mythologique de la Gorgone a le pouvoir de changer en pierre ceux qui s’aventurent à la dévisager. Ce mythe est une métaphore de l’effroi qui pétrifie, et nombre d’expressions populaires désigneront la fixité du corps et de l’esprit qui survient à la suite d’une immense peur.

Penser
Dreaming – Peinture – Agnès Desplaces

Lorsque la peur s’empare d’un groupe humain, d’une société, comme ce fut le cas après les attentats de novembre 2015, une certaine immobilité atteint le collectif, ralentissant les échanges, uniformisant les modes de réaction et de pensée. Le refuge dans une communauté d’affects et d’opinions créerait un sentiment de réparation de l’effraction causée par le drame et agirait comme une consolation. Devant l’effroi, l’impensable s’impose.

Or, il est indispensable de faire l’effort de sortir de ces réflexes consolateurs, et penser les évènements y compris les plus traumatiques pour se remettre en marche. Penser l’impensable est le signe de la force de la pulsion de vie.

En effet la pensée est un mouvement, une mobilité de l’esprit étroitement associée à celle du corps humain. Il est même possible de l’envisager comme une activité, un geste à part entière.

Un individu affecté par un traumatisme subit ces effets de sidération, dont les ramifications peuvent s’étendre dans les lieux les moins attendus de sa vie. Bien souvent l’événement traumatique reste inaccessible à la pensée, voire à la mémoire. Et bien souvent aussi, l’agilité de l’esprit, la créativité, d’autres expressions de la vie –affectives, intellectuelles, somatiques- peuvent en être affectées.

Alors comment retrouver la mobilité de l’esprit, et avec elle ce qui fait le liant et la richesse de la vie, c’est-à-dire l’intégration nécessaire du corps et de l’esprit en relation avec le monde environnant. Le psychanalyste anglais Winnicott a parlé d’un espace transitionnel, une zone intermédiaire entre soi et l’environnement. Cet espace, dans lequel on ne s’installe pas mais où l’on séjourne le temps voulu, est nécessaire au développement de la créativité. Cette créativité-là est celle entendue comme capacité de créer sa propre vie, d’en être l’authentique auteur.

A certains moments il serait nécessaire de (re)faire l’expérience de ce lieu, accepter de le (re)trouver, comme un départ en voyage à la quête de soi, et (re)faire l’expérience du mouvement de la pensée, délivré des peurs qui le fige. Ce voyage, parfois, requiert l’accompagnement d’un guide, d’un autre qui se fera le passeur.

Je n’ose vous inviter, cher lecteur, à entendre que ce passeur pourrait bien être un psychanalyste… vous aurez deviné que de là où je parle j’y avais pourtant bien pensé…

Marie-pierre Sicard Devillard

Illustration : « dreaming » peinture d’Agnès Desplaces

corps, penser

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