Vous avez dit « Transfert »…

Pour qui s’interroge sur l’opportunité de consulter un psy et d’entreprendre une psy quelque-chose, risque de venir se faufiler un terme qui à première vue n’aurait pas grand chose à faire dans cette affaire : le transfert.

transfert en psychanalyse

Transfert – © web

Qu’est-ce au juste que le transfert dans une psychanalyse ?

Il s’agit effectivement d’une histoire de transport, de mouvement, de circulation et de flux. Mais ce qui est transporté dans l’espace de la relation thérapeutique est d’ordre immatériel, et surtout d’ordre psychique : il s’agit de conduites, d’attitudes et d’affects déjà en place chez son propriétaire et lui étant spécifiques.

La caractéristique essentielle de ces phénomènes importés est d’appartenir à la sphère inconsciente des protagonistes. Aussi s’invitent-ils dans le processus relationnel sans y être forcément conviés et peuvent-ils le déranger, le perturber, voire le détruire.

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Virtuelophobie

 

Monsieur le Responsable Commercial,

 

virtuelophobie

Casque de réalité virtuelle en action

J’ai bien reçu votre courrier m’informant que « les thérapies par exposition à la réalité virtuelle sont enfin accessibles aux professionnels de la santé mentale », courrier par lequel vous m’invitez à m’équiper pour 100 euros HT par mois d’un casque de réalité virtuelle « solution thérapeutique permettant d’exposer graduellement les patients face à leurs phobies, en les immergeant dans des environnements anxiogènes ».

J’ai été à la fois surprise et amusée de recevoir votre proposition qui se situe à l’exact opposé de mon approche thérapeutique.

Je reçois des personnes qui viennent me parler de leur difficulté à vivre. Cette difficulté peut en effet parfois prendre la forme d’une phobie ou d’une angoisse, ou les deux, mais pas toujours. La phobie ou l’angoisse sont en revanche toujours l’expression, la manifestation de cette difficulté, ce par quoi elle émerge.

Or, vous me proposez de répondre à la demande du patient, non pas en l’invitant à parler, mais en lui demandant d’enfiler un casque de réalité virtuelle. Je n’aurai ainsi (suite…)

La racine du mal

De quoi parle-t-on lorsque l’on parle de « radicalisation » ? D’une maladie ; d’un syndrome d’origines diverses, psycho-sociales par exemple ; ou encore fait-on référence à des comportements déjà connus ?

racine du mal

Racine – photo MPSD

Mais s’agit-il d’un mal nouveau ? n’est-ce pas plutôt l’omniprésence du mot qui en signe la nouveauté ?

La dérive des significations des mots est dangereuse, elle fait oublier ce qui est déjà connu, propulse une collectivité vers des inconnus qui sont source de peurs et l’entraine en retour vers des réflexes de crispation, de repli, voire de haine.

Si l’on fait l’hypothèse que le « radicalisé » est une personne en souffrance, en souffrance d’être, alors de quel mal souffrirait-il ?

A la racine du mal-être, du mal de vivre, se nichent le désespoir ou la haine, ou des failles profondes avec lesquelles tout sujet humain a plus ou moins maille à partir. Parfois elles sont si profondes que la rupture est radicale, l’individu coupé des autres en vient à commettre l’irréparable dans une mise en scène à la démesure de sa souffrance. Comme ce pilote qui écrasait son avion contre une montagne, dans un geste de très grande mélancolie…

Mais pour autant, la maladie psychique n’est pas la racine de toute « radicalisation » ; la haine de l’autre, l’exacerbation de la destructivité ne sauraient être simplement des symptômes d’une maladie mentale. Les gestes fous ne sont pas toujours commis par des fous. Freud l’avait compris en son temps et souligné en écrivant « Malaise dans la civilisation » au lendemain de la guerre de 14/18.

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