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Gynophobie

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Lorsqu’il n’y a pas de mot pour le dire, alors inventons le ?

C’est ce que fait une jeune organisation (www.nogynophobie.org) qui a pour objectif de sensibiliser l’opinion sur la place des femmes dans notre société et sur toutes les violences exercées contre elles.

« Gynophobie » tel est le mot inventé ou plus exactement retrouvé. Il existait mais n’est pas utilisé couramment.

Ce mot a pour mérite de s’appuyer sur la dimension de la phobie. Une phobie est une peur irrationnelle et démesurée d’un objet, d’une situation. Les mots de « machisme » de « misogynie » n’englobent pas ce sentiment de peur. Elle est pourtant bien au centre de beaucoup de comportements masculins et peut être aussi féminins.

Les êtres humains, bien que différenciés sur le plan sexuel, ont tous des caractéristiques plus ou moins prononcées de l’autre sexe.

Les femmes naissent dans un monde conçu et façonné par les hommes. Elles l’adoptent, l’intégrent mais perçoivent aussi un sentiment d’étrangeté comme le dit fort bien Julia Kristeva dans « le féminin et le sacré ». Ce sentiment d’étrangeté, ce vascillement de l’identité féminine, peut conduire à une compétition acharnée envers les hommes ou à une certaine dépression – les femmes sont ici, convaincues, de ne pas être « à la hauteur » – ou bien encore à une impression de « jouer le jeu », de faire comme si.

Certains hommes se sentent menacés par ce qui, du féminin, leur échappe. Ceux-là n’ont que peu accès à leur part féminine et entrevoient une menace dans ce qu’ils ne peuvent maitriser et comprendre.

Ils n’auront alors de cesse de faire taire en eux, mais aussi chez les femmes qu’ils rencontrent cette part, cette sensibilité au monde dont ils sont exclus. C’est sans doute là une des raisons des violences faites aux femmes (physiques, morales, psychologiques, affectives) qui n’ont pas cessé ni en Occident ni ailleurs : bien au contraire.

Les femmes ont toutes les difficultés pour affirmer leur différence. Elles n’ont pas toujours les mots pour dire, pour trouver en elles-mêmes ce qui les fait en partie « autre » dans un monde à l’image des hommes.

Il est difficile à la fois de « jouer le jeu », de prendre une place nécessaire dans le monde et de continuer à cultiver sa différence, sa part féminine. Les psychanalystes l’ont compris, en partie. Freud a jeté l’éponge sur la fin de sa vie : la féminité lui reste en partie étrangère. Il a demandé aux femmes analystes de continuer le chemin de l’exploration de la féminité, avec peu de succès, car elles étaient elles-mêmes prises dans le discours masculin.

Lacan a bien saisi qu’une part du féminin n’était pas incluse dans l’ordre du monde principalement « phallique » Il a indiqué également qu’il n’existait pas un Universel Féminin dont on pourrait dire quelque chose mais plutôt un féminin singulier qui cherche à se dire.

Alors oui, l’invention d’un mot pour dire la peur que certains hommes ont des femmes, et leur violence en réaction, est bienvenue.

Espérons que cette trouvaille du mot incite les hommes et les femmes, et peut-être surtout les femmes à continuer leur combat pour enrichir le monde de leur vision, de leur perception « féminine »singulière.

Béatrice Dulck

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