Un Psy dans la ville
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obsessionnel



UnknownBénédicte Ombredanne est une prisonnière, sa geôle est un mariage, son gardien un mari. Ainsi nous apparaît l’héroïne du roman d’ Eric Reinhardt « L’amour et les forêts » et cette prisonnière, le lecteur voudrait la voir s’échapper, se faire la belle.

Il y a quelque chose de Proustien dans ce récit d’une femme captive d’un amour impossible. Mais surtout le formidable tableau clinique d’une névrose obsessionnelle.

Car c’est bien de l’obsessionnalité pathologique de son mari dont Bénédicte Ombredanne est prisonnière, et dont la vérité ne lui sera jamais révélée.

On se souviendra du film de Claude Chabrol « L’enfer », qui entretenait constamment le trouble autour de cette frontière ténue entre raison et folie. Là aussi il était question d’un couple qui sombrait du fait de la névrose obsessionnelle du mari. Dans le roman d’Eric Reinhardt les dés sont jetés et la pauvre Bénédicte restera naïve jusqu’au bout. Le lecteur n’a d’autre alternative que de prendre le parti de cette femme victime de son méchant mari.

C’est agaçant.

Car ce serait oublier que le couple est un système qui se fabrique à deux, dont chacun à la responsabilité de ce qu’il en fait, dans la dépendance et l’inter-dépendance qu’il instaure avec son partenaire. Et le couple devient le lieu de tous les dangers, mais aussi de tous les bonheurs.

« La liberté de l’homme se confond avec le développement de sa servitude, écrivait Lacan, et ce, dans le mouvement même qui le mène à une conscience de plus en plus adéquate de lui-même ». La dialectique du rapport à l’autre est la condition même de la vie humaine, sa perte comme sa délivrance. Car c’est de la relation que naît la conscience de soi, le développement, la création de sa propre vie.
Manifestement pour Bénédicte et son mari ça n’a pas fonctionné, mais le lecteur, lui, a la liberté de ne pas s’apitoyer sur le sort réservé à l’héroïne de ce roman.

Marie-pierre Sicard Devillard

Eric Reinhardt – l’amour et les forêts – Gallimard 2014