Un Psy dans la ville
Unpsydanslaville

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Le blog unpsydanslaville est le projet de deux psychanalystes qui souhaitent partager auprès d’un large public, une dimension actuelle et vivante de la psychanalyse.

En nous saisissant d’interrogations soulevées par les évolutions du monde contemporain, au travers de faits sociaux, culturels, politiques… et en prenant appui sur nos corpus et nos pratiques, nous publions des textes qui se veulent le reflet de ce processus d’écoute spécifique à la psychanalyse. 


Guerre et illusion

A l’heure de l’évènement littéraire que représente la publication de « Guerre » de Céline, texte retrouvé et mémoire d’une guerre que l’on a dit Grande et pensé dernière, une autre guerre nous menace. Pourquoi de nouveau une guerre, pourrait-on se dire ? Aurions-nous oublié qu’elle est inhérente à l’humanité, qu’elle l’occupe sans discontinuité ? Pendant des décennies elle a œuvré loin de notre univers occidentalo-centré et la voici qui revient en Europe, là, tout près.

Le monde occidental se croyait en paix pour toujours, à l’instar de celui qui a précédé la première guerre mondiale, période d’une grande richesse intellectuelle, technologique, artistique, économique. Le temps d’une guerre et d’une pandémie (la grippe espagnole), ce monde d’hier que décrivait Stephan Zweig, a disparu. Une autre pandémie, puis une guerre dont on imagine qu’elle ne fait que commencer, auront-elles raison de notre monde ?

En 1915, Freud écrivait : « Et voilà que la guerre, à laquelle nous ne voulions pas croire, fit éruption et apporta la … désillusion ». L’illusion est d’oublier que l’être humain est par essence ambivalent, il est bon ET mauvais, et il est soumis à des pulsions ambivalentes : celles de vie et celles de mort. Mais l’illusion est aussi indispensable et se révèle comme le ressort de la créativité. Freud était fondamentalement pessimiste sur la nature humaine et sa conception du monde s’en ressent. Quelques années après Freud, Winnicott, d’un tempérament plus optimiste, voit dans l’illusion un phénomène indispensable dans la construction d’un espace de créativité.

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Mutisme

Voici presque trois mois qu’unpsydanslaville n’a publié aucun article. La fatigue évoquée en février serait-elle responsable de ce mutisme ? Nous n’en croyons rien, mais nous affecterions davantage la responsabilité de notre silence à l’espèce d’effroi qui nous a saisi collectivement à l’annonce de l’invasion de l’Ukraine par Poutine. Effroi redoublé par le risque de l’instauration d’un régime autoritaire en France si le parti d’extrême droite avait remporté l’élection présidentielle.

En attendant le verdict des urnes, dimanche 24 avril, nous avons retenu et notre souffle, et nos mots. La crainte de l’avènement d’un régime fasciste nous a mises comme en état de sidération, et dans un empêchement de penser, donc d’écrire. Car de ce qui pouvait nous arriver de grave, nous ne pouvions faire comme si de rien n’était. Et dans l’intimité de nos cabinets, nous avons partagé avec nos patients l’inquiétude, même si une part d’entre eux ne savaient rien de notre anxiété.

Le programme de l’extrême droite, dans sa volonté de « nettoyer » la France est fondé sur le déni de l’altérité, la haine de l’autre. Il est illusoire en ceci qu’il veut faire accroire que l’on pourrait ne vivre qu’entre soi, dans l’exclusivité du même que soi, sans métissage, sans alliance, sans rencontre. Programme dont les adversaires préviennent à juste titre qu’il conduirait au rétrécissement, car sans la rencontre avec l’autre, le différent, l’alter, alors la pensée s’appauvrit, la vie même s’étiole. Toute la place est faite à la pulsion de mort.

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Fatigue

Nous sommes fatigués, nous sommes débordés, dépassés, exténués… Et pourtant, nous sommes actifs, nous faisons du sport, courons, nageons, sautons, nous surveillons notre alimentation, notre sommeil, avalons des compléments nutritifs, pratiquons les arts martiaux, le yoga et la méditation. Et nous sommes encore fatigués !

Mais que nous arrive-t-il donc ?

Sommes-nous seuls responsables de cet abattement ? car, enfin, avec toute l’énergie déployée pour le combattre, comment se fait-il qu’il ne fasse que croitre, et non se dissoudre ? Peut être déployons-nous trop d’énergie à répondre aux injonctions d’activités venant de toutes parts et à combattre les signes du temps.

Mais la fatigue à la fois physique et psychique qui se déploie chez nous-mêmes et nos contemporains serait bel et bien aussi un fait collectif et sociétal. A force de faire endosser la responsabilité de son bien-être au seul individu, dans une logique capitaliste et libérale, ce dernier craque de toutes parts. Progressivement écarté du collectif dans sa vie professionnelle, dans la désertion des engagements associatifs et politiques, dans la nucléarisation de la vie familiale et le développement de la vie virtuelle en réseaux sociaux, l’individu porte de plus en plus à lui seul l’obligation du bonheur et c’est cela qui le fatigue. La bonne santé contribue à la sensation de bien-être, de bonheur, mais le bonheur se trouve aussi dans les liens aux autres, dans les aventures collectives, les défis relevés à plusieurs, les projets…

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Avis aux lecteurs

Par éthique, nous ne répondrons pas, par le biais de ce blog, aux questions touchant à des problématiques personnelles.